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Le tafwîd et le ta°wîl, retenue et interprétation dans l'abord des passages ambivalents des Textes sacrés

24 Août 2016, 22:06pm

Publié par at-tawhid.net

Définition des termes " tafwîd " et " ta°wîl "

Ces deux méthodologies furent mises en pratique aussi bien à l'époque des salaf qu'à celle de leurs successeurs (al khalaf). Ceci étant, étant donné l'apparition de multiples hérésies en matière de croyance vers la fin de la période des salaf, le ta°wîl devint quasi-systématique chez la majeure partie des théologiens de ahl us sunnah. Les 'Ârifîn et les atharites, quant à eux, ont toujours fait en sorte de privilégier le tafwîd, bien qu'adaptant leur discours à leur auditoire en cas de nécessité.

Dans son commentaire du Sahîh Muslim, l'Imâm Muhyi-d-Dîn An Nawawî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) précisa la méthodologie des salaf, at tafwîd, comme suit :

" Elle consiste à ne pas aborder le sens. Ils (les salaf) disent plutôt : " Nous devons y croire et nous devons croire en un sens digne de la Noblesse et de la Majesté d'Allâh, en croyant fermement que rien n'est semblable en quoique ce soit à Allâh (qu'Il soit exalté) et en excluant au sujet d'Allâh le fait d'avoir une forme corporelle, de se déplacer, d'être dans une direction, ou d'avoir quelque attribut similaire à celui des créatures. " Cette méthodologie est aussi la méthodologie de certains théologiens. C'est la méthodologie privilégiée par certains de leurs érudits et c'est l'opinion la plus prudente. "

Et il dit à propos du ta°wîl :

" C'est la méthodologie de la plupart des théologiens. Ces ahâdîth [ambivalents] sont alors interprétés en adéquation avec leur contexte. Pourront les interpréter ceux qui ont la compétence pour cela, à savoir un savant qui a une solide connaissance de la langue arabe ainsi que des règles des fondements (usûl) [de la religion] et celles des branches qui en dérive (furû'), expérimenté en matière de savoir. " (Yahyâ An Nawawî - Al Minhaj Bi Sharh Sahîh Muslim Ibn Al Hajjâj, commentaire du hadîth n°299, chapitre 1 - section 81).

Y-a-t-il une différence entre le ta°wîl (interprétation) et le tafsîr (exégèse)?

Non, pas vraiment. Al Imâm Majd Ud Dîn Al Fayrûzâbâdî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit dans son dictionnaire Al Qâmûs Ul Muhît :

"Tha'lab a dit : " Tafsîr et ta°wîl sont une seule et même chose ; le tafsîr étant la clarification du sens d'une phrase compliquée, et le ta°wîl étant la mention d'interprétations possibles tout en restant en conformité avec le sens apparent. "

Et l'Imâm Jalâl Ud Dîn Au Suyûtî (qu'Allâh l'agrée) rapporta dans son ouvrage Al Itqân que l'Imâm Abu-l-Mansûr Al Mâturîdî (qu'Allâh l'agrée) a dit :

" Le tafsîr est le fait déclarer avec certitude que le sens de la phrase est " tel " et de pouvoir certifier par Allâh qu'Il voulut bien dire ceci à travers cette phrase. S'il existe une preuve décisive [pouvant soutenir directement ou indirectement cela], alors ça sera authentifié. Dans le cas contraire [où l'explication irait à l'encontre des Textes], il ne s'agit là que d'une opinion purement personnelle et une telle chose est interdite. Quant au ta°wîl, c'est de donner plus de crédit à l'une des possibilités [d'interprétation] sans pour autant déclarer avec certitude [qu'Allâh voulut dire exactement cela] et le certifier par Allâh. "

Et l'Imâm As Sayyid Abu-l-Hasan Al Jurjânî (qu'Allâh l'agrée) dit dans son dictionnaire Al Kitâb Ut Ta'rîfât  :

" A titre d'exemple, la Parole " Il fait sortir le vivant du mort " (27:25) peut signifier : " Il fait éclore le poussin de l'oeuf ", et il s'agit alors d'un tafsîr ; ou bien " Il transforme le non-croyant en croyant ", ou " rend savant celui qui était ignorant ", et là il s'agit d'un ta°wîl. "

On voit donc que l'exégèse est le fait de clarifier le sens d'un verset à travers une indication claire, tandis que l'interprétation va chercher une signification plus profonde, mais en prenant soin de rester en accord avec le sens apparent voulu au départ.

Pourquoi la méthodologie adoptée par la majorité des théologiens est-elle différente aux époques respectives des salaf et des khalaf ?

Al Imâm Abu-l-Fath Ash Shahrastânî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) expliqua cela en ces termes :

" Les salaf qui se comptaient parmi les transmetteurs de ahâdîth, voyant les mu'tazilites s'enfoncer à corps perdu dans la théologie discursive et dans l'opposition opiniâtre qu'ils faisaient à la tradition reçue des quatre premiers califes (au point que ceux-ci n'hésitaient pas à prendre le parti des Omeyyades sur la question du libre-arbitre et celui des Abbassides sur celle des Attributs Divins et du Qur°ân prétenduement créé), ces mêmes salaf donc se sentirent tourmentés par le désir de fixer une fois pour toutes la doctrine des ahl us sunnah wa-l-jama'ah, doctrine qui devait porter sur les versets coraniques susceptibles d'une interprétation allégorique, ainsi que sur les paroles du Prophète (ﷺ).

Des hommes comme Ahmad Ibn Hanbal et Dâwud Ibn 'Alî Al lsfahânî, avec un groupe de savants parmi les ahl us sunnah, étaient d'avis qu'il fallait s'en tenir strictement aux méthodes des anciens traditionnistes ; ils citaient parmi eux Mâlik Ibn Anas et Muqâtil Ibn Sulaymân. En cela, ils se conformaient, les uns comme les autres, à l'attitude qui est celle de la réserve pieuse (at tafwîd), se contentant de déclarer : « Nous croyons à tous les textes qui figurent dans le Livre (Kitâb) et dans la Tradition (Sunnah), mais nous ne nous hasarderions pas à en donner une interprétation allégorique, car il est deux choses que nous savons d'une façon catégorique : la première est qu'Allah ne ressemble à aucune de Ses créatures ; la seconde est qu'Il n'est point dans notre esprit de représentation dont Il n'ait Lui-Même la création et la détermination. »

Mais tout cela ne les empêchait pas de se préserver de l'anthropomorphisme, à tel point qu'ils n'hésitaient pas à prononcer les sentences suivantes : " celui qui en récitant le passage du Qur°ân : " J'ai créé de Mes deux mains " (63:75) se permettrait de remuer la main, ou qui, en transmettant le hadîth qui dit : " Le cœur du croyant est entre les doigts de l'Infiniment Miséricordieux ", ou ne ferait ne serait-ce qu'un simple geste de la main, cet homme mérite, dans le premier cas, de se voir couper la main et, dans le second, de se faire arracher les doigts. "

Ils ajoutaient : " La raison qui nous a amenés à rester sur l'expectative en ce qui concerne l'explication de ces versets, est double ; la première est l'interdiction formelle qui nous en a été faite par la Révélation en ces termes : "  Quant à ceux dont le cœur a un mauvais penchant, ils suivent les versets où l'équivoque est possible, tant est grand leur désir de trouble et d'explication forcée. Or, l'explication véritable est aux mains d'Allah et de ceux qui sont affermis dans la science ; ceux-là disent : " Ô Seigneur, nous avons cru en tout ce qui nous vient de notre Seigneur ". " (3:7). Ils disaient alors : " Nous ne voulons pas appartenir à ceux dont le cœur a un mauvais penchant. "

La seconde raison de leur attitude résidait dans ce fait que l'exégèse allégorique est, de l'avis de tous, le domaine de l'opinion et que tout essai d'explication des Attributs Divins, fondé sur l'opinion pure et simple se trouve être illicite. Ceci car il est toujours possible d'interpréter un verset selon une intention qui n'est pas celle du Créateur, suite à quoi on s'adonne à cette mauvais penchant contre lequel le Qur°ân met en garde.

Le parti le plus sûr est donc d'agir comme " ceux qui sont affermis dans la science " et de dire comme eux : " Seigneur, nous croyons en tout ce qui nous vient de Toi ". Cela revient à croire en la lettre du Qur°ân et à donner un assentiment global à son sens caché, en s'en remettant à Allâh pour le reste, dont la connaissance n'est point d'obligation légale, puisqu'un semblable savoir ne fait pas partie des conditions demandées et essentielles de la foi.

Ces hommes ont même poussé le scrupule jusqu'à s'abstenir de prononcer, dans une phrase persane, les mots : « yad », « wajh », « istawâ 'ala-l-'arsh » et toutes expressions similaires, de sorte que si en conversant dans cette langue ils avaient besoin de mentionner ces concepts, ils s'en tenaient à des expressions qui étaient un strict reflet du mot à mot du texte arabe. C'est là ce qu'ils appellent le parti du tafwîd, et l'on voit qu'il n'a rien à voir avec l'anthropomorphisme proprement dit. "

Dans quels cas de figures pratiquer le tafwîd ou le ta°wîl ?

Al Hâfiz Abu-l-Qâsim Ibn 'Asâkir (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit dans son Tabyînu Kadhîb Il Muftarî :

S'ils (les sunnites) sont confrontés à quelqu'un qui parle d'une manière qui implique le tajsîm (le corporéisme) ou le takyîf (le comment) parmi les mujasimah et les mushabbihah (les corporéistes et les anthropomorphistes assimilant Allâh à Ses créatures), ou encore à ceux qui prêtent à Allâh des attributs communs aux choses générées (al muhdatât) parmi ceux qui parlent de limites et de direction [concernant Allâh], à ce moment là ils suivront la voie du ta°wîl (interprétation). Ils exempteront alors Allâh [de ce que les hérétiques Lui ont attribué] avec les arguments les plus évidents, ils s'efforceront de témoigner à Allâh toute sacralité et de L'exempter de toute ressemblance [avec Sa création], par crainte que ne tombe dans les ténèbres de l'anthropomorphisme quelqu'un possédant un faible savoir.

Mais s'ils (les sunnites) sont à l'abri de telles conséquences, ils préféreront garder le silence (at tafwîd) et éviteront le ta°wîl, sauf en cas de nécessité. Leur exemple – dans cette attitude – est comparable au médecin doué qui guérit chaque maladie avec ce qui lui convient le mieux comme remède, si le malade souffre d'hypothermie, il lui prescrira des remèdes provoquant des hausses de température, et l'inverse s'il souffre d'hyperthermie. Cet exemple est similaire à ce que l'on rapporte de Sufyân [Ath Thawrî] qui a dit : " Si tu te retrouves au Shâm (Syrie), alors vante les mérites de 'Alî (qu'Allâh l'agrée). Et si tu te retrouves à Koufa (en Irak), alors vante les mérites de 'Uthmân (qu'Allâh l'agrée). "

L'exemple de celui qui fait le ta°wîl moyennant des arguments logiques est comparable au nageur, il n'a nullement besoin de nager quand il est sur la terre ferme, mais s'il se trouve en pleine mer, que celle-ci commence à se déchaîner, qu'il constate la forte agitation de ses vagues et que souffle un vent violent détruisant son embarcation, à ce moment là il nagera de toutes ses forces cherchant le salut et ne négligera aucun effort par volonté de survie. Ceci est l'exemple du monothéiste, tant qu'il suit la voie de la sacralité et de l'exemption [d'Allâh de tout mauvais qualificatif], tant qu'il est à l'abri de l'anthropomorphisme, il n'a nullement besoin de faire du ta°wîl, ceci grâce à son dogme sain dépourvu de tout anthropomorphisme et de toutes contres vérités.

Mais si la pureté de son dogme a été altérée par l'impureté du takyîf (le comment vis-à-vis d'Allâh) et de l'anthropomorphisme, alors il faut purifier son cœur par la passoire du ta°wîl et assainir sa raison par les filtres des arguments valides pour que son dogme soit exempt de tout anthropomorphisme ou de ta'tîl (négation d'attributs).

Quelques cas pratiques

Al Imâm Jalâl Ud Dîn As Suyûtî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit dans son ouvrage intitulé Al Itqân Fî 'Ulûm Il Qur°ân :

" Parmi les versets ambivalents il y a ceux qui évoquent les Attributs [Divins], et Ibn Al Lubbân produisit un ouvrage unique sur ce sujet. [Parmi ces versets ambivalents mentionnant des Attributs Divins], on trouve par exemple :

- " Ar Rahmânu 'ala-l-'arshi istawâ – L'Infiniement Miséricordieux S'est établi sur le trône " (20:5),

- " Kullu shay°in hâlikun illâ wajhah – Tout est voué à périr, excepté la face de ton Seigneur " (28:88),

- " Wa yabqâ wajhu Rabbika – Seule persistera la face de ton Seigneur " (55:27),

- " Wa li tusna'a 'alâ 'aynî – que tu fusses élevé sous Mon regard " (20:39),

- " Yad Allâhi fawqa aydîhim – La main d'Allâh est au-dessus des leurs " (48:10),

- " Limâ khalaqtu bi yadayy – Ce que j'ai créé de Mes mains " (38:75),

- " Wa-s-samâwatu matwiyyâtum bi yamînih – tandis que les cieux seront ployés dans Sa main droite " (39:76).

La majorité des ahl us sunnah, notamment les salaf et les ahl ul hadîth, sont d'avis que l'on doit croire à de tels versets tout en laissant l'interprétation à Allâh. Ainsi, on ne doit pas les interpréter de telle manière à ce que leur réalité soit niée. Et un groupe parmi les ahl us sunnah disent qu'on peut les interpréter figurativement selon ce qui sied à Sa Majesté exaltée (at ta°wîl), et ceci est la méthodologie des khalaf. "

Comme exemple de tafwîd :

- Chez les salaf : il y a la réserve pieuse de l'Imâm Abû Hanîfah (qu'Allâh lui fasse miséricorde) qui a dit sur l'istawâ :

" Nous récitons que Allâh (qu'Il soit exalté) " istawâ 'ala-l-'arsh " (litt: S'est établi sur le Trône) sans penser qu’Il ait un besoin ou qu’Il y eut une installation sur le Trône. Il est le Protecteur du Trône et des autres [créatures] sans qu’Il ait besoin de quoique ce soit, car s’Il avait un besoin, Il n’aurait pas pu faire exister le monde ni ce qui lui advient, comme les créatures, et s’Il avait le besoin de s’asseoir et de s’installer, alors avant de créer le Trône, où se trouvait-Il donc ? Allâh est exempt de ce que lui attribuent les injustes ! " (Abû Hanîfah - Al Wasiyyah, p.10, ed. al jamahir).

- Chez les khalaf : il y a la volonté de ne pas interpréter l'istawâ chez plusieurs exégètes, car contrairement à d'autres passages ambivalents du Coran, ce terme recèle de nombreux secrets qui ne sont pas accessibles par le seul respect de la langue arabe ou de la maîtrise de la théologie. On peut donc voir le Hâfiz Ibn Kathîr (qu'Allâh lui fasse miséricorde) dire lors de l'exégèse du verset 54 de la sourate al a'raf (7) :

" Les gens ont à ce sujet plusieurs avis, mais ce n'est pas le lieu de les détailler ici. Nous citons ici la voie ds Pieux Prédécesseurs que sont Mâlik, Al Awzâ'î, Ath Thawrî, Al Layth Ibn Sa'd, Ash Shâfi'î, Ahmad Ibn Hanbal, Is-hâq Ibn Râhawayh et d’autres qu’eux parmi les imams musulmans du passé et plus récents, à savoir de lire ces versets comme ils sont descendues, sans attribuer de comment, ni d'assimilation, ni renier ces versets.

Et le sens apparent qui vient à l'esprit des anthropomorphistes est rejeté en ce qui concerne Allâh (qu'Il soit exalté), car Allâh n'a aucune ressemblance avec quoi que ce soit vis-à-vis de Ses créatures. Rien n'est tel que Lui et Il est Celui qui entend et qui voit. Et comme l'on dit des imams parmi lesquels figure Nu'aym Ibn Hammâd Al Khuza'î, le shaykh de Al Bukhârî : " Celui qui assimile Allâh à Ses créatures est un mécréant, et celui qui renie ce que Allâh a cité comme attributs pour Lui-même est mécréant. " Et il n’y a pas, dans les attributs que Allâh a cités comme étant Ses propres attributs ni dans ceux que Son Messager a cités, d'assimilation. Celui qui confirme ce qui est parvenu dans les versets explicites et les narrations authentiques à l'égard d'Allâh (qu'Il soit exalté), conformément à ce qui est digne de l'éminence de Allâh (qu'Il soit exalté) et qui rejète tout défaut pour Allâh (qu'Il soit exalté), alors il aura suivi la voie de bonne guidée. " [Ibn Kathîr - Tafsîr Ul Qur°ân Il 'Azîm].

Et comme exemple de ta°wîl,

- Chez les salaf : il y a l'interprétation de l'Imâm Al Bukhârî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) trouvable dans son Jâmi' Us Sahîh, au Chapitre de l'Exégèse (65) - Section Sourate Al Qasas (28) où il dit :

" " Kullu shay°in hâlikun illâ wajhah – Tout est voué à périr, excepté Sa face " (28:88), c'est-à-dire : " excepté Sa royauté. " On a dit aussi : " Sauf ce qui est accomplit pour la face d'Allâh ". "

- Chez les khalaf : il y a le commentaire de l'Imâm Muhyi-d-Dîn An Nawawî concernant le hadîth n°758 rapporté par Muslim dans son Sahîh dans lequel le Messager d'Allâh (ﷺ) dit :

" Notre Seigneur, qu'il soit exalté, descend (yanzilu) toutes les nuits au premier ciel durant le dernier tiers de la nuit, Il dit alors : " Qui M'invoque afin que Je l'exauce, qui Me demande afin que Je lui donne, qui se repent afin que J'agrée son repentir ? ". "

L'Imâm An Nawawî a dit sur cela :

" Ce hadîth fait partie des ahâdîth sur les Attributs. Il a suscité deux opinions célèbres parmi les savants, que nous avons détaillées dans le livre de la foi. En résumé, la première opinions est celle de la majorité des savants parmi les salaf us sâlih et quelques théologiens, qui estiment qu'il faut croire est vraie d'après ce qui sied à Allâh, sans la comparer, dans son sens apparent, à la descente des créatures. En outre, ils estiment qu'il ne faut pas essayer de l'interpréter, tout en sanctifiant et en purifiant Allâh des Attributs des humains comme le fait de changer de place, de faire des mouvements et autres caractéristiques humaines.

La deuxième opinion est celle de la majorité des théologiens dogmatiques ainsi que de certains groupes de salaf us sâlih. Cette opinion est rapportée de Mâlik et Al Awzâ'î qui estiment que cette descente doit être interprétée d'après ce qui sied a Allâh et en fonction de ces lieux. A la suite de quoi, ils ont interprété ce hadîth de deux façons :

- la première est celle de Mâlik Ibn Anas et d'autres savants ; elle soutient le fait que c'est La Miséricorde d'Allâh [qui descend], Son ordre ou Ses anges ; c'est comme si l'on dit " le diable a fait ceci ! " lorsque ses suppôts font quelque chose sous ses ordres ;

- la seconde est à prendre dans un sens métaphorique, et elle signifie se tourner vers ceux qui invoquent, avec l'exaucement et la douceur. Et Allâh sait mieux ce qu'il en est.

Et Sa Parole (qu'Il soit exalté) : " Cela durera jusqu'à la pointe de l'aurore " ; signifie la prolongation du temps de la miséricorde et de la douceur totale jusqu'à ce qu'apparaisse l'aurore. Il y a là une incitation à rechercher les invocations et le pardon durant tout le temps mentionné jusqu'à ce qu'apparaisse l'aurore.

Ce hadîth stipule aussi que le dernier tiers de la nuit est le moment le plus propice pour la prière, les invocations et la demande de pardon ; il est meilleur que son début. " [Yahyâ An Nawawî - Al Minhaj Bi Sharh Sahîh Muslim Ibn Al Hajjâj].

Ibn Taymiyyah et ses partisans comme les wahhabites pratiquent-ils le tafwîd ?

Non, absolument pas, ils en sont même les ennemis déclarés. Pour eux, le sens de tout mot présent dans le Coran est accessible, c'est seulement la description exacte, le comment, qui peut nous échapper. Ils parlent alors de retenue concernant le comment (tafwîd ut takyîf), tout en rejetant la retenue concernant le sens (tafwîd ul ma'nâ). Or, le tafwîd concerne aussi bien le sens que le comment selon les ahl us sunnah wa-l-jama'ah.

Et alors que l'Imâm Muwaffaq Ud Dîn Ibn Qudâmah Al Maqdisî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) traite le sujet du tafwîd comme suit :

" [Vis_à-vis de] l'ensemble de ce qui est parvenu du Coran ou de manière authentique de l'Elu (ﷺ) concernant les Attributs de l'Infiniment Miséricordieux, il est obligatoire d'y croire et d'aborder ceux-ci avec soumission et acceptation, et de ne pas s'y opposer en les rejetant, en interprétant, en sombrant dans l'anthropomorphisme ou en donnant des similarités [à Allâh vis-à-vis de Ses créatures]. Et si problématique il y a, l'obligation est d’affirmer le terme utilisé et de délaisser le risque quant à sa signification. Et nous laissons la connaissance de cela à Celui qui l'a dit et la responsabilité à celui qui l'a transmis (à savoir le Messager d'Allâh), suivant en cela la voie de ceux ancrés dans la science et dont Allâh a fait l'éloge dans Son Livre explicite à travers Sa Parole : " Et ceux qui sont enracinés dans la science disent : " Nous y croyons : tout provient de notre Seigneur ! ". " (3:7). " (Muwaffaq Ud Dîn Ibn Qudâmah - Lumu'at Ul I'tiqâd, p.1, ed. al islami).

Le Shaykh Taqîy Ud Dîn Ibn Taymiyyah a dit quant à lui :

" Il apparaît clairement que les affirmations des partisans du tafwîd - à savoir ceux qui clament être des suiveurs de la sunnah et des salaf - figurent parmi les pires propos des gens de l'innovation et de l'athéisme. " (Taqîy Ud Dîn Ibn Taymiyyah - Dar' Ut Ta'ârud, p.205/1, ed. al kunuz al adbiyyah).

Et tel que cité par Ar Râjihî en guise de commentaire du passage où l'Imâm Muwaffaq Ud Dîn dit " il est obligatoire d'y croire et d'aborder ceux-ci avec soumission et acceptation ", le Muftî wahhabite d'Arabie saoudite de son temps Muhammad Ibn Ibrâhîm Âl Ush Shaykh, descendant de Mohammed Ibn 'Abd Il Wahhâb, a dit : " Quant à ce qui est mentionné dans Al Lumu'ah, cela est conforme à la méthodologie des mufawwidûn, qui est la pire et la plus sale des manières [...] " ['Abd Ul 'Azîz Ar Râjihî - At Ta'liqah 'Alâ Sharh Ibn 'Uthaymîn 'Alâ Lumu'at Il I'tiqâd].

On voit là très clairement la différence entre un mufawwid et des mushabbihah. Comme l'a si bien dit l'Imâm Abu-l-Faraj Ibn Al Jawzî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) :

" Tu trouves des gens qui entendent les récits concernant les Attributs et qui leur donnent un connotation physique, comme certains qui déclarent que Allâh descend au ciel ou qu'Il se déplace. Ceci est une mauvaise compréhension car celui qui se déplace se déplace forcément d'un endroit à un autre et cela implique que l’espace soit alors plus grand que lui [pour le contenir]. Cela implique également le mouvement alors que tout cela est impossible concernant Le Vrai (Allâh), Puissant et Majestueux. " (Abu-l-Faraj Ibn Al Jawzî - Sayyid Ul Khâtir, p.487-88, ed. al qalam)

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