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Commentaire de la parole de Al Hallâj « Anâ Al Haqq - Je suis Le Vrai, La Vérité » (Ar Râzî)

17 Mars 2010, 18:55pm

Publié par at-tawhid.net


Al Imâm Fakhr Ud Dîn Ar Râzî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit :

 

« Quelle est la signification du propos de Al Husayn Ibn Mansûr Al Hallâj : « Je suis le Vrai, La Vérité (Anâ Al Haqq) » ?

 

La réponse est la suivante :

 

La doctrine de l'ittihâd (que l'on attribue à Sayyidî Al Hallâj), l'union ou l'unification, est sans fondement. En effet, de trois choses l'une :

 

* Les deux choses subsistent et, de ce fait, restent deux réalités distinctes ;

* elles disparaissent toutes deux pour devenir une troisième chose différente ;

* il ne reste que l'une des deux, l'autre cessant d'être.

 

Mais, alors (dans chacun de ces trois cas) l'union reste impossible, car L'Existant ne peut être le même que le non-existant. Il en résulte que la parole de cet initié (Al Hallâj) est passible d'interprétation (ta°wîl) et ceci sous plusieurs aspects :

 

1 - Nous avons démontré avec une argumentation évidente que L'Existant est Le Véritable Vrai (gloire à Lui) et que tout sauf Lui est [en réalité] irréel.

 

Dans le cas de Hallâj, tout sauf Le Vrai avait disparu à sa considération et son âme s'était éteinte à elle-même au point qu'il ne subsistait en lui d'autre existant qu'Allâh. C'est donc dans cet instant qu'il prononça : « Anâ Al Haqq ». C'est comme si Le Vrai (gloire à Lui) mettait ce propos sur sa langue alors qu'il était dans un état d'extinction spirituelle (fanâ°) qui lui fit perdre entièrement la conscience de son âme et qui le submergea dans les lumières de la Majesté d'Allâh (exalté soit-Il). Quand on lui demanda à propos de la signification de cet évènement : « Dis plutôt : « je suis par Le Vrai (Anâ bil Haqq) ». », il refusa car s'il avait dit « je suis par Le Vrai », son expression anâ (moi ou je) aurait été une allusion à son âme (et non plus au Vrai). Cet initié (rajul) se trouvait dans la demeure de l'effacement (mahw) de toute réalité autre qu'Allâh.

 

2 - Il est certain que Lui, Allâh, est Le Vrai dont la connaissance est la connaissance véritable.

 

De même que l'élixir transforme le cuivre en or quand il entre en contact avec lui, de même lorsque l'élixir de la connaissance d'Allâh tombe sur l'esprit, il le fait passer de l'irréel au réel pour devenir or pur. C'est alors que Hallâj put dire : « Anâ Al Haqq ».

 

3 - Lorsqu'une chose s'impose à quelqu'un, on dit de lui, par métaphore, qu'il est cette chose. On dit par exemple d'un tel qu'il est la générosité ou la noblesse. Hallâj, submergé par Le Vrai dut certainement dire : « Anâ Al Haqq ».

 

Il existe toutefois une différence entre cette dernière explication et la première.

 

Dans le premier cas envisagé, le serviteur s'éteint intégralement à son âme, noyé dans la présence contemplative du Vrai (shuhûd ul haqq). « Anâ Al Haqq - je suis le Vrai » est un propos que Le Vrai fait prononcer au serviteur sous l'effet de l'intensité de son ivresse spirituelle (sukr) et dès lors, celui qui s'exprime de la sorte est en réalité Allâh.

 

Dans le dernier cas, c'est le serviteur qui s'exprime ainsi par hyperbole.

 

Entre ces deux stations, il y a une différence considérable (que tu remarqueras) si tu es d'entre les Maîtres du « goût » initiatique (arbâb udh dhawq).

 

4 - Lorsque la Lumière de la Majesté Divine s'irradie dans l'esprit d'un tel être et que le voile de la nature humaine disparaît, nécessairement l'esprit parvient jusqu'aux confins des demeures de la Béatitude et devient ainsi Vrai du fait que c'est Allâh Lui-Même qui l'a établi vrai comme Lui-Même l'a dit : « Allah réalise le vrai par Ses Paroles ». C'est pourquoi le propos « Anâ Al Haqq » est véridique car Le Vrai est plus universel que le vrai en soi et le vrai par un autre que Lui.

 

Si l'on objecte ceci : De cette interprétation, il résulte que tout être existencié est vrai. Quel est donc le sens de cette appropriation privilégiée (takhsis) ?

 

Nous répondrons ce qui suit : Quand la lumière du monde divin s'irradie dans l'esprit de l'homme, celui-ci devient parfait dans la réalisation de ce degré et l'appropriation (ikhtisâs) d'un surcroît de perfection lui fait prononcer ce type de propos.

 

5 - On peut soutenir que dans cette expression « Anâ Al Haqq », le terme pouvant être annexé à « je » ou « moi » (anâ) pour le qualifier est sous-entendu, la proposition complète devant être alors : je suis « adorateur » du Vrai (anâ 'âbid ul haqq), je suis « invocateur » du Vrai, « remerciant » le Vrai (les trois attributs : adorateur, invocateur et remerciant disparaissant en l'occurrence). »

 

 

Fin de citation.

 

Source : Lawâmi' Ul Bayyinât fil Asmâ° wa As Sifât de l'Imâm Fakhr Ud Dîn Ar Râzî (qu'Allâh lui fasse miséricorde).

 

La majorité des Savants des Ahl Us Sunnah considèrent l'Imâm Al Hallâj comme étant un Saint. Parmi eux figurent - entre autres - l'Imâm Al Junayd, l'Imâm Ibn 'Aqîl, l'Imâm Ibn Qudâmah Al Maqdisî, l'Imâm Ibn 'Arabî, l'Imâm At Tûfi, l'Imâm Ibn Al Jawzî, l'Imâm Ash Sha'ranî et tant d'autres encore.

 

Et rappelons que l'Imâm Mâlik Ibn Anas (qu'Allâh l'agrée) a dit : « Quiconque émane de sa part ce qui implique la dénégation sous 99 formes et que la foi n'est impliquée que par une seule forme, sera considéré comme ayant la foi. »

 

Ainsi donc les ambiguïtés sont levées et les troubles sont dissipés. Et pour la personne qui a lu ceci, il est désormais interdit de partager la position des semeurs de troubles et des calomniateurs, et obligatoire d'adopter la position conforme à la Sunnah. Al Hallâj ne fut qu'un pieux adorateur d'Allâh submergé par les lumières de son Seigneur, et si sa parole est ambiguë au premier abord, elle se voit nettement plus claire une fois la réflexion faite. Et la sentence de l'Imâm Mâlik est claire sur cela.

 

Et qu'Allâh nous préserve de la calomnie et éclaircisse notre cheminement, et que la mémoire du pieux Husayn Al Hallâj soit rétablie et que les feux de l'ignorance des gens à la capacité spirituelle limité s'éteignent, Allâhumma Âmîn.

 

Al Muwahhidûn.

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