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Est-il permis de toucher ou de porter le Coran en état d'impureté rituelle ? (Ibn Rushd Al Hafîd, Mâlik Ibn Anas, Ibn 'Ajîbah...)

5 Juillet 2013, 00:46am

Publié par at-tawhid.net

 

Al Qâdî Abu-l-Walîd Ibn Rushd Al Hafîd (qu'Allâh lui accorde Son Pardon) a dit :

 

« Est-ce que l'état de pureté rituelle est une condition obligatoire pour pouvoir toucher le Mushaf [1] ?

 

Mâlik, Abû Hanîfah et Ash Shâfi'î affirment que cela est une condition obligatoire pour pouvoir toucher le Mushaf, tandis que les zâhirites affirment que non. La cause de leur divergence est la compréhension différente de la Parole de L'Exalté : « Ne le touche que les purifiés » [Sourate 56 – Verset 79], à savoir si cela fait référence aux êtres humains ou aux Anges, et si cette déclaration implique une interdiction ferme ou bien une simple recommandation.

 

Ceux qui pensent que le terme « les purifiés » s'adresse aux êtres humains et interprètent la déclaration comme une interdiction, affirment qu'il n'est permis à personne de toucher le Mushaf si ce n'est pour ceux en état de pureté rituelle.

 

Ceux qui pensent qu'il ne s'agit que d'une simple recommandation et interprètent le terme « les purifiés » comme faisant allusion aux Anges affirment qu'il n'y a aucune indication dans ce verset stipulant que l'état de pureté rituelle est une condition obligatoire pour toucher le Mushaf. De plus, [selon ces derniers], étant donné qu'il n'y a pas de preuve significative dans le Livre et la Sunnah, le sujet doit être abordé à travers la règle juridique stipulant la non-obligation [d'une chose tant que rien ne figure dans le Qur°ân et la Sunnah à ce sujet], ce qui fait que cela est permis.

 

La majorité argumenta son avis en se basant sur le hadîth de 'Amr Ibn Hazm où « le Prophète (que La Grâce et La Paix d'Allâh soient sur lui) écrivit : « Seuls les gens en état de pureté rituelle peuvent toucher le Qur°ân ». »

 

Ce hadîth de 'Amr Ibn Hazm est discuté parmi les savants concernant l'obligation de devoir œuvrer en conséquence [de ce hadîth], étant donné qu'une erreur d'écriture s'y serait immiscée [selon ceux qui rejette ce hadîth], bien que j'ai vu Ibn Al Mufawwaz le déclaré authentique (sahîh) étant donné qu'il fut rapporté par des rapporteurs dignes de confiance et qu'il s'agit bel et bien d'une lettre du Prophète (que La Grâce et La Paix d'Allâh soient sur lui). [2]

 

Et la même chose a été dite concernant le hadîth que rapporte 'Amr Ibn Shu'ayb d'après son père d'après son grand-père, tandis que les zâhirites les rejettent.

 

Mâlik fait quant à lui une exception dans le cas des pré-pubères qui toucheraient le Mushaf sans être purifiés, étant donné qu'ils n'ont pas atteint l'âge de la puberté [et donc de la responsabilité religieuse]. [3] » [Bidâyat Ul Mujtahid].

 

Al Imâm Mâlik Ibn Anas (qu'Allâh l'agrée) a dit :

 

« 'Abdu Llâh Ibn Abî Bakr IbnHazm a rapporté qu'il est dit dans la lettre envoyée par le Messager d'Allâh(que Le Salut et la Paix d'Allâh soient sur lui)à destination de 'Amr Ibn Hazm : « Ne touche le Qur°ân que celui qui est en état de pureté. »

 

Un homme qui n'est pas en état de pureté ne doit pas porter le Qur°ân en l'enroulant [avec du tissu ou autre] ni le poser sur un coussin [ou autre part], et si cela était permis, alors il aurait été permis de le porter dans un sac. Cela n'a pas été interdit suite au fait que celui qui le porte pourrait éventuellement avoir quelque chose sur ses mains qui pourrait souiller le Qur°ân, mais uniquement à cause de son état d'impureté rituelle, par respect pour le Qur°ân et pour la vénération qui lui est porté.

 

Ce verset : « Seuls ceux qui sont purifiés peuvent le toucher » [Sourate 56 - Verset 79] est ce que j'ai entendu de mieux à ce sujet et est de la même teneur que les versets qu'on trouve dans la Sourate 'Abasâ, où Allâh (qu'Il soit béni et exalté) dit : « Eh bien non ! Le Qur°ân est un rappel qui s'adresse à tout homme qui veut en méditer le sens ! Il est gravé sur des tables vénérées, sublimes et purifiées. Il est gardé par des Anges nobles et de toute pureté. »[Sourate 80 – Versets 11 à 16]. » [Al Muwattâ°].

 

Al Imâm Ahmad Ibn 'Ajîbah Al Hasanî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit aussi :

 

« Mâlik et ses compagnons ont dit que celui ou celle qui est en état d'impureté rituelle majeure, celle qui a ses règles, celui ou celle qui est en état d'impureté rituelle mineure : ne peuvent pas toucher le Qur°ân. Ils ont interdit cela même si ces personnes utilisent un support ou un intermédiaire pour le porter. Leur argument est le verset cité et l’interprétation de la purification en question comme étant une purification complète. Ils argumentent à travers ce qui se trouve dans le Muwattâ°, à savoir par la lettre du Prophète (paix et salut sur lui) envoyé à 'Amr Ibn Hazm où il est écrit : « Seuls les gens en état de pureté rituelle peuvent toucher le Qur°ân » […] Aussi, Mâlik autorisa à l'enseignant de toucher le Qur°ân même s'il n'a pas les petites ablutions [et se trouve donc en état d'impureté rituelle mineure], ceci afin de lever la difficulté [qui se trouve dans le fait de refaire constamment les ablutions dès qu'elles sont perdues]. » [Bahr Ul Madîd Fî Tafsîr Il Qur°ân Il Majîd].

 

Et Al Imâm Abu-l-Hasan Al Manûfî Ash Shâdhilî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit : « Il est également interdit pour le fidèle en état d'impureté rituelle […] de toucher un exemplaire du Qur°ân avec la main ou un bâton, de le porter dans un sac ou au moyen d'une anse. Il est toutefois permis à l'enseignant de toucher les tablettes [contenants des versets coraniques] sans avoir fait l'ablution auparavant, et à l'élève de toucher une partie, même s'il est pubère. Et il est déconseillé pour les enfants de toucher l'exemplaire intégral du Qur°ân sans ablution. » [Muqaddimat Ul 'Izziyyah].

 

Ash Shaykh Sâlih Al Âbî Al Azharî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) commenta cette parole en disant :

 

« Il est permis de toucher les tablettes qui servent à l'enseignement du Qur°ân, sans ablution, aussi bien pour l'enseignent que pour l'élève. Cette permission se généralise à tout élève qui apprend le Qur°ân, même en état de menstruation, mais non en état d'impureté rituelle majeure classique (janâbah).

 

Il est permis à l'élève [en état d'impureté rituelle] de toucher une partie du Qur°ân [par opposition au Mushaf], même s'il est pubère. La même règle s'appliquant à l'élève qui apprend le Qur°ân s'applique au fidèle qui veut réciter le Qur°ân en raison de la difficulté qu'il éprouve à le faire de mémoire. Dans le texte, le terme précis « partie » laisse penser qu'il est interdit pour l'élève pubère de toucher le Mushaf. Cet avis est considéré par Ibn Yûnus comme étant prépondérant (mash-hûr) auprès des savants. Selon Ibn Bishr, il est loisible pour l'élève de toucher le Mushaf, par accord des savants sur la question. Ce derniers avis, en plus de son unanimité contestée, reste à un degré moindre selon ce qui est communément admis et ne vaut pas celui de Ibn Yûnus stipulant l'interdiction. » [Sharh Muqaddimat Ul 'Izziyyah].

 

Notes :

 

[1] Ce que l'on appelle Mushaf est un exemplaire du Qur°ân en langue arabe. Les traductions et les exégèses ne sont pas en prendre en compte dans cette fatwâ, il est ainsi entièrement permis de les toucher quelque soit l'état de pureté ou d'impureté rituelle.

 

[2] Ce hadîth est mursal. Il fut cependant authentifié par Al Hâkim Abû 'Abdi Llâh, Abû Hâtim Ibn Hibbân et Abû Bakr Al Bayhaqî (qu'Allâh leur fasse miséricorde).

 

[3] Les savants malikites ont statué que cela est déconseillé (makrûh).

 

A lire aussi :

 

* La nécessité de l'état de pureté pour toucher ou porter le Qur°ân (Mâlik Ibn Anas)

 

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