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Exposé sur les Jahmites et leurs croyances (Al Jurjânî, Ash Shahrastânî et 'Abd Ul Qâhir Al Baghdâdî)

14 Mars 2010, 15:38pm

Publié par at-tawhid.net

Les jahmites sont les partisans de Jahm Ibn Safwân. Ils apparurent à l'époque de Wâsil Ibn 'Atâ° Al Mu'tazilî et sont une célèbre faction de la secte Al Jabariyyah.

 

Ils reniaient tout libre-arbitre chez la créature et la promesse faite par Allâh et Son Messager (que Le Salut et La Paix d'Allâh soient lui) que les croyants iront éternellement au paradis qui est sans fin, et que les mécréants iront éternellement en Enfer qui est sans fin. Ils reniaient également des Attributs d'Allâh qu'ils jugeaient anhtropomorphiques et ont abusé en cela, car si éviter l'anthropomorphisme est un bien, exagérer en reniant des Attributs d'Allâh est un mal tout aussi important que l'anthropomorphisme. Ils violèrent par conséquent le consensus établi par les Ahl Us Sunnah depuis le vivant du Prophète (que Le Salut et La Paix d'Allâh soient lui) et s'engagèrent dans une hérésie d'une grande gravité qui entraînera l'anathème (at takfîr) de ce groupe égaré.

 

Al Imâm 'Alî Al Jurjânî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit : « Ils soutenaient que le serviteur n'a aucun pouvoir, que sa puissance n'est jamais influente et ne peut rien acquérir, et qu'il est semblable [sous ce rapport] aux minéraux. Le paradis et l'enfer sont voués à disparaître une fois que leurs hôtes y sont entrés, en sorte qu'aucun être existant ne subsistera hormis Allâh (qu'Il soit exalté) ! » [Kitâb Ut Ta'rîfât].

 

Al Imâm Muhammad Ibn 'Abd Il Karîm Ash Shahrastânî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit sur eux dans son Kitâb Ul Milâl wa An Nihâl :

 

« Il s'agit des disciples de Jahm Ibn Safwân, lequel faisait partie des « purs déterministes » : l'hérésie dont il fut l'auteur fit son apparition à Tirmidh, à la suite de quoi il fut mis à mort par Sâlim Ibn Ahwaz Al Mâzinî à Marw dans les derniers temps de la domination °Umayyade. Ce Jahm s'accordait avec les mu'tazilites pour nier l'existence d'Attributs éternels chez Allâh, mais il joignait à cette opinion les articles suivants :

* Il estimait qu'il était impossible de qualifier Le Créateur d'un attribut qui lui fût commun avec Sa créature, car cela conduisait inévitablement à ses yeux à l'anthropomorphisme. De cette façon, il niait qu'Allâh fût vivant ou savant, mais il Le voulait puissant, agissant et créateur, parce que ce sont là des Attributs qui ne sauraient convenir aux créatures.

* Il pensait également qu'Allâh peut avoir des connaissances qui ne se conforment à aucune dépendance de lieu ou de sujet d'inhérence, thèse qu'il démontrait de la manière suivante : Allâh ne peut connaître ce qu'Il doit faire avant de le créer, car si cela était et s'Il était véritablement connaissant avant d'être créant, il s'agirait alors de savoir si la science qu'Il a de sa création est susceptible ou non de subsister intacte en Lui. Or, d'après Jahm, si elle subsistait, cette science ne serait qu'une forme d'ignorance ; en effet, la connaissance selon laquelle on connaît quelque chose de l'avenir est différente de celle par le moyen de laquelle on sait que cette même chose est déjà advenu ; et si cette science ne peut se conserver intacte, elle a donc varié. Mais on sait que tout ce qui varie est de la nature du créé et n'appartient pas à l'ordre du pré-éternel. En cela, Jahm se ralliait, comme il a été établi, à la position de Hishâm Ibn Al Hakam. Ce dernier, en effet, raisonnait de la façon suivante : si la science divine était de nature contingente, on serait en présence de l'alternative suivante : ou bien cette science se produirait dans l'essence divine et nous serions contraints d'admettre alors que cette essence est sujette à variation, ou bien elle aurait un support extérieur à cette essence, mais alors c'est cette chose extérieure qui mériterait l'attribut de science et non Allâh Lui-Même. On est forcé d'en déduire que la science est un Attribut sans sujet auquel il se réfère : Hishâm s'en tirait en posant en principe l'existence chez Allâh d'actes de connaissance aussi nombreux que les choses à connaître.

* Jahm professait également une doctrine particulière au sujet du pouvoir contingent de l'homme. A son avis, ce pouvoir n'existe en aucune manière chez l'homme, dans les attributs duquel on ne saurait ranger la puissance d'agir. Cela revenait à dire que l'homme est totalement déterminé par le vouloir divin dans tous ses actes et qu'il n'a en partage, ni pouvoir, ni volonté, ni libre arbitre, qu'Allâh crée en lui ses actes, de la même manière qu'il crée ceux des corps inertes, que c'est une simple métaphore que de soutenir que l'homme est le sujet de ses actes, métaphore dont on use également à propos de la matière inerte. C'est ainsi que l'on dit que l'arbre a porté des fruits, que l'eau a coulé, que la pierre s'est mue, que le soleil s'est levé ou couché, que le ciel s'est couvert de nuages ou qu'il a laissé tomber sa pluie, que la terre s'est épanouie et couverte de végétation et ainsi de suite. Aux yeux de Jahm, les peines et les récompenses « éternelles » relevaient également du déterminisme, et elles étaient aussi déterminées par les actions des humains. Ce déterminisme une fois posé, il en déduisait qu'il y avait déterminisme jusque dans la responsabilité de l'homme devant la Loi religieuse.

* C'était aussi une thèse de Jahm que les mouvements proposés aux habitants des deux séjours d'éternité doivent cesser un jour. Le Paradis et l'Enfer, dans ces conceptions, doivent s'abolir, non sans que les prédestinés à l'un comme à l'autre y aient eu accès et aient joui de leurs délices ou pâti de leurs supplices. Ils doivent s'abolir, parce que l'on ne saurait pas plus imaginer de mouvements infinis en leur fin qu'en leur commencement. En conséquence, il interprétait cette parole Coranique :
« Ils seront éternels en Paradis » comme une hyperbole ou une affirmation de caractère optatif dont la réalité n'implique pas le passage du caduc à l'éternité. On ne procède pas autrement, disait Jahm, quand on dit d'un roi : « Qu'Allâh rende sa domination éternelle ! ». Notre hérétique se réclamait, pour montrer que la rétribution éternelle devait avoir une fin, de ce verset coranique : « Ils demeureront éternellement, tant que dureront le ciel et la terre et point d'autre temps que celui qu'Allâh voudra. » [Sourate 2 - Verset 107]. Le verset contient bien une proposition conditionnelle et une proposition d'exception, mais il faut savoir que l'Éternité et l'Assistance Divine ne sont pas des objets susceptibles d'exception.

* Jahm assurait également que celui qui possédait la connaissance, puis la reniait en paroles ne commettait pour autant un acte d'infidélité. En effet, Jahm considérait que, la science et la connaissance ne pouvant disparaître à la suite d'un reniement, celui qui avait été l'auteur de ce reniement n'en demeurait pas moins un croyant. Pour Jahm, la foi est une entité qui ne comporte ni parties ni divisions, comme le seraient par exemple, l'adhésion, la profession de foi, et les œuvres. Jahm ajoutait que la foi n'est pas davantage susceptible de degrés, ce qui lui faisait mettre sur le même plan la foi des Prophètes et celle de la nation qu'ils avaient charge d'éclairer. Il se fondait sur ce fait qu'il ne peut y avoir de degrés dans la connaissance qui résulte de l'inspiration. Les Ahl Us Sunnah se montrèrent particulièrement sévères dans les réfutations qu'ils firent de cette doctrine, et ils n'hésitèrent pas à l'accuser de vouloir purement et simplement réduire l'essence divine à un concept abstrait. Jahm était cependant d'accord avec les mu'tazilites sur trois points d'importance :

 

  • il niait la vision dans l'Au-delà,

  • il était partisan du Qur°ân créé,

  • il pensait que la connaissance intuitive devait exister dans l'esprit, avant que ce dernier eût communication de la Révélation (pour que la réponse à cette Révélation fût positive). »

 

Et Al Imâm 'Abd Ul Qâhir Al Baghdâdî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit :

 

« Les jahmiyyah – jahmites sont ceux qui ont suivi Jahm Ibn Safwân qui a prétendu que la personne est contrainte dans ces actes, il a nié toutes les capacités. Il a prétendu que le Paradis et l'Enfer auront une fin. Il a prétendu aussi que la foi est uniquement le fait de connaître Allâh (qu'Il soit exalté) et que la mécréance est uniquement le fait d'ignorer [l'existence] d'Allâh. Il a dit qu'il n'y a pas d'actes à attribuer à autre qu'Allâh (qu'Il soit exalté) mais que les actes sont attribués aux créatures par un sens figuré tout comme on dit que le soleil a quitté le zénith ou que le moulin a tourné, sans qu'ils soient sujets ou capables de faire ce qui a été cité à leur sujet. Il a prétendu également que la Science d'Allâh (qu'Il soit exalté) est entrée en existence. Il s'est abstenu également de dire qu'Allâh est une Entité (Shay°) ou qu'Il est Vivant (Hayy) ou qu'Il est Savant ('Alîm) ou qu'Il est Celui qui veux (Murid).

 

Il a dit : « Je ne lui donne pas un terme qu'il est possible d'utiliser pour autre que Lui comme une Chose (Shay°) ou Vivant (Hayy) ou Savant ('Alîm) ou Celui qui veux (Murid) et ce qui est du même ordre. » 

 

Il acceptait d'attribuer [à Allâh] le fait qu'Il est Puissant (Qâdir), Celui qui fait qui exister les choses (Mujîd), Celui qui fait (Fâ'il), Créateur (Khâliq), Celui qui donne la vie (Muhyî), Celui qui donne la mort (Mumît) car ces Attributs Lui sont spécifiques . Il a prétendu que la Parole d'Allâh (qu'Il soit exalté) est entrée en existence tout comme l'ont dit les qadarites. Et il n'a pas dit qu'Allâh (qu'Il soit exalté) est Parlant (Mutakallim).

 

Nos compagnons (les Ash'arites et le restant de Ahl Us Sunnah) l'ont déclaré mécréant dans tous ces égarements. Et [même] les qadarites l'ont déclaré mécréant quand il a dit qu'Allâh (qu'Il soit exalté) est créateur des actes des esclaves. Les différents groupes de la communauté se sont également accordés à le déclarer mécréant. » [Farq Bayn Ul Firâq].

 

Les qadarites reniant le fait qu'Allâh crée les actes des humains et affirmant que se sont eux plutôt qui sont créateurs de leurs actes, cette parole de Jahm lui valut son anathème (takfîr) de leur part.

 

Parmi les allégations des jahmites, il y a également le fait qu'Allâh se trouve partout par Son Essence. Par exemple, Il serait dans notre main, nos pieds, les arbres etc...alors qu'Allâh n'est pas contenu par un quelconque lieu, le lieu étant une de Ses créatures et Allâh étant Pré-éternel et indépendant de Ses créatures.

 

Qu'Allâh rende la Vérité clairvoyante aux yeux des gens de la ummah, qu'Il éloigne les hérésies de nos cœurs et répande la Sunnah en leurs seins, Allâhumma Âmîn.


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