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Khalîl Ibn Ishâq Al Jundî - خليل ابن إسحاق الجندي (m.767)

9 Août 2012, 08:54am

Publié par at-tawhid.net

Il s'agit de l'Imâm Diyâ° Ud Dîn (l'éclat flamboyant de la religion) Khalîl Ibn Ishâq Ibn Mûsâ Ibn Shu'ayb Al Misrî. Il fut l'un des plus éminents juristes du Madh-hab Mâlikî ainsi qu'un théologien Ash'arite, un Soufi de renom et un militaire de génie. On le surnommait d'ailleurs « Al Jundî – le militaire », car il était un général d'armée et régulièrement habillé en tenue de combat, prêt à rejoindre les champs de batailles afin de faire triompher la religion d'Allâh (qu'Il soit exalté) et Son Prophète (que Le Salut et La Paix d'Allâh soient sut lui) à tout moment. Il est l'auteur du fameux livre de fiqh malikite intitulé Al Mukhtasar et couramment appelé Mukhtasar Khalîl, ainsi que du Tawdîh, qui sont deux ouvrages célèbres au sein du Madh-hab Mâlikî.


Al Imâm Burhân Ud Dîn Ibn Farhûn Al Qurtubî (qu'Allâh lui fasse miséricorde à dit de lui : « Son père, était un soldat de la garnison de Al Mahallâ Al Mansûrah (en Egypte). Quant à lui, Khalîl était vêtu à la façon des militaires et vivait misérablement, retiré du monde. Il alliait la science religieuse à la pratique de la religion et s'appliquait à répandre la science. Je l'ai vu au Caire et ai assisté à ses conférences sur la jurisprudence (al fiqh), le Hadîth et la langue arabe. Il occupait le premier rang parmi les savants de cette ville, lesquels étaient unanimes à reconnaître son éminent mérite et sa piété. Imam très instruit, il était du nombre de ceux dont les connaissances sont exactes et précises : il était sagace et profond dans ses recherches. La jurisprudence, la langue arabe et le partage des successions, faisaient partie de son bagage scientifique et littéraire. Il excellait dans la doctrine de son école juridique et en citait les textes avec exactitude. Qu'Allâh fasse bénéficier les musulmans de ses mérites ! Il composa un bon commentaire de l'ouvrage d'Ibn Al Hâjib qui eut, par la grâce, l'avantage d'être favorablement accueilli, et que tout le monde se mit à apprendre. On lui doit aussi un précis des doctrines du Madh-hab Mâlikî (Al Mukhtasar), dans lequel il a clairement exposé la jurisprudence universellement suivie, en évitant tous les points controversés ; tout en étant on ne peut plus concis, ce livre renferme de très nombreuses questions de jurisprudence et est l'objet d'une étude assidue chez les étudiants. Khalîl n'avait que de louables intentions. Il fit le pèlerinage de La Mecque et séjourna dans cette ville. On lui doit un rituel du pèlerinage et d'autres écrits utiles. » [Dîbâj Ul Mudhahhab].

Et Al Imâm Shihâb Ud Dîn Ahmad Ibn Hajar Al 'Asqalânî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit : « Khalîl étudia auprès de Ibn 'Abd Il Hadî ; il étudia la langue arabe et les principes du droit sous la direction de [Muhammad Ibn Abil Qâsim] Ar Rashîdî, et le Madh-hab Mâlikî auprès du Shaykh [Badr Ud Dîn 'Abdu Llâh Ibn Muhammad Ibn Sulaymân] Al Manûfî. Après la mort de ce dernier, il se voua à l'enseignement et forma un grand nombre de disciples. Nommé professeur à la Madrassa Ash Shaykhûniyyah, il émit des fatwâ° et répandit le savoir, toujours accoutré de son costume militaire. Il était pudique, chaste et pur. On lui doit un commentaire de Ibn Al Hâjib, en six volumes. Cet ouvrage est tiré de celui de Ibn 'Abd Is Salâm [Al Hawarî At Tûnisî], mais il y a ajouté le nom des auteurs auxquels les citations sont empruntées, et des éclaircissements sur les passages obscurs. On lui doit aussi un précis de fiqh (Al Mukhtasar), dans le même genre que Hawî, et une biographie de son professeur Al Manûfî. Le Mukhtasar montre qu'il était versé dans la connaissance des fondements du droit. Le père de Khalîl était Hanafite et fréquentait le Shaykh 'Abdu Llâh [Al Manûfî], en qui il avait une grande confiance ; c'est grâce à ce dernier qu'il fit suivre le Madh-hab Mâlikî à son fils. » [Durar Ul Kâminah].

 

Son Mukhtasar est l'un des ouvrages de base du Madh-hab Mâlikî, étudié par tous les étudiants du Madh-hab et présent dans toutes les bibliothèques des savants Mâlikites.

 

Al Imâm Ahmad Bâbâ At Tinbuktî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit à ce sujet :

 

« Le Mukhtasar (le précis) et le Tawdîh (l’éclaircissement) de Sayyidî Khalîl ont eu, par la grâce d'Allâh, un si grand succès, qu'ils sont étudiés par tout le monde, tant en Orient qu'en Occident ; c'est au point que, de nos jours, dans les contrées du Maghrib, de Fâs, de Marraksh et dans d'autres régions, il est rare de voir quelqu'un lire la Mudawwanah [de l'Imâm Sahnûn] et le Mukhtasar de Ibn Al Hâjib ; on ne se borne plus qu'à l'étude du Mukhtasar [Khalîl] et de la Risâlah [de l'Imâm Al Qayrawânî], ce qui, d'ailleurs, est un indice de la décadence et du déclin de la science.  

 

Quand au Tawdîh, c'est, de tous les commentaires sur Ibn Al Hâjib, celui qui est le plus répandu auprès des gens, tant en Orient qu'en Occident. Malgré leur grand nombre, il n'y en a pas un qui soit plus avantageux et plus célèbre que celui-là. Les savants maghrébins disciples de Ibn Arafah, tels que Ibn Najî et d'autres, ne s'appuyaient que sur ce commentaire bien qu'ils connaissaient par cœur les autres ouvrages qui traitent du Madh-hab Mâlikî. Cela prouve suffisamment combien Sayyidî Khalîl méritait bien le titre d'Imâm qu'on lui décernait.

 

On raconte à ce titre que lorsque le savant Nasîr Ud Dîn [Muhammad] Al Laqqânî discutait sur une question de fiqh et qu'on lui objectait les paroles d'un auteur autre que Sayyidî Khalîl, il avait coutume de répondre : « Nous autres, nous sommes des Khalîlites, c'est-à-dire des amis de Khalîl ; s'il s'est trompé, alors nous nous trompons ! », voulant ainsi manifester son profond attachement à la jurisprudence de Sayyidî Khalîl.

 

Et Ibn Ghâzî a fait le plus grand éloge du Mukhtasar. Voici en quels termes il en parle : « Ce livre est une chose précieuse parmi les choses précieuses. C'est, de tout ce qu'on peut voir, ce qui mérite le plus d'attirer les regards. Il est devenu l'objet de l'étude des hommes sagaces, car le fond en est riche et l'expression éloquente. Il fait connaître la jurisprudence selon laquelle se donnent les fatawâ, et ceci mentionne entre les opinions différentes, la plus fondée d'entre elles. La plus grande exactitude et la plus grande correction y sont alliées à la plus stricte concision, et une grande puissance de talent s'y fait remarquer dans l'ordre et l'enchaînement des idées. Il est unique dans son genre et personne n'en a composé un autre qui puisse lui être comparé ! »

 

Les livres de commentaires et d’annotations sur le Mukhtasar sont devenus tellement nombreux qu'on en dénombre en tout plus de soixante. J'en ai moi-même fait un commentaire dans lequel j'ai condensé tout ce que j'ai lu dans les commentaires qui se sont adonnés à l'étude de ce livre. Mon ouvrage, bien qu'écrit avec concision, se compose actuellement de dix volumes, et si je peux l'achever, il pourra tenir lieu de beaucoup d'autres. Qu'Allâh m'assiste dans cette tâche et qu'il en fasse bénéficier mes semblables ! » [Nayl Ul Ibtihâj Bi Tatrîz Id Dîbâj].

 

Et Al Imâm Ahmad Bâbâ At Tinbuktî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) mentionna quelques uns des mérites de l'Imâm Khalîl Ibn Ishâq (qu'Allâh lui fasse miséricorde) en disant :

 

« Voici ce qu'a dit Al Imâm Abul Fadl ben Marzûq Al Hafîd à propos de Sayyidî Khalîl :

 

« D'après maintes personnes que j'ai rencontrées en Égypte et ailleurs, Khalîl était un homme pieux et vertueux. Il était si zélé pour l'étude, que le plus souvent il ne dormait pas, se contentant de faire une petit sieste après l'aurore pour se reposer des fatigues que lui occasionnaient ses lectures et ses écrits. Il enseignait le Madh-hab Mâlikî à la Madrasa Ash Shaykhûniyyah, qui était le plus grand établissement d'instruction publique du Caire. Il remplissait aussi d'autres fonctions secondaires se rattachant à celle de professeur. L'administration militaire lui servait une pension parce que ses aïeux avaient appartenu à l'armée. Le très savant imam, l’érudit, l’excellent Nasîr Ud Dîn At Tanasî, Qâdî en chef du Caire et d'Alexandrie, m'a raconté qu'il rencontra Khalîl à l'époque de la prise de cette dernière ville, en l’année 770, lorsque celui-ci vint du caire avec l'armée qui reprit Alexandrie des mains de l'ennemi (les croisés). Khalîl voulut éprouver son intelligence en lui proposant d'expliquer ces paroles de Ibn Al Hâjib : « Et le transfert d'une dette et d'une créance échue est licite, contrairement à l'avis soutenu par Ash-hab ». Il composa, entre autres ouvrages, un commentaire de Ibn Al Hâjib. L’accueil favorable que fit le public à ce livre est une preuve certaine de son excellence. Dans ce commentaire, Khalîl s'efforce d'indiquer les sources où Ibn Al Hâjib a puisé [ses avis]. Il s’appuie souvent sur les opinions préférées par Ibn 'Abd Is Salâm [Al Hawarî At Tûnisî], ainsi que sur le résultat des recherches de ce savant et sur ses citations, ce qui est une preuve de sa connaissance de la valeur des hommes. Du reste, il n'y a que les hommes de mérite qui savent reconnaître le mérite. J’ai vu aussi un commentaire de Al Alfiyyah de Ibn Mâlik qu'on prétend faire partie de ses œuvres. »


J’ajoute qu'il a composé un commentaire de la Mudawwanah qui est resté inachevé car il n'est allé que que jusqu'au chapitre du pèlerinage.


Et voici ce que dit Ibn Ghâzî à propos de Sayyidî Khalîl :

 

« Il était si absorbé par ses travaux qu'il resta 20 ans sans voir le Nil au Caire.

 

On rapporte l'anecdote suivante à son sujet : Un jour qu'il s'était rendu chez l'un de ses professeurs, il trouva la porte des toilettes de la maison de ce dernier ouverte. Comme son professeur était absent, il demanda de ses nouvelles et on lui répondit qu'étant fort ennuyé au sujet de ces toilettes, il était allé chercher quelqu'un qui, moyennant salaire, voulût bien les lui nettoyer. Khalîl dit alors : « Je suis tout à fait capable de faire cela ! », et, retroussant ses manches, il descendit dans la fosse et se lit à la nettoyer. Quand le Shaykh fut de retour, il le trouva occupé à cette besogne, entouré d'une foule de curieux qui le regardaient avec étonnement. [Le Shaykh] dmanda : « Qui est donc cet homme ? », on lui répondit : « C'est Khalîl. » Le professeur fut si touché par cet acte de dévouement qu'il fit pour son élève les invocations les plus ardentes et les plus sincères. Khalîl en recueillit le fruit, car Allâh lui mit véritablement de la bénédiction dans sa vie. Gloire à Allâh qui assiste les hommes et qui sait tout !

 

Et notre Shaykh Abû Zayd Al Kawânî nous a rapporté, d'après ceux qui ont vu Khalîl au Caire, qu'il portait des vêtements courts, je crois même qu'il nous a dit qu'il ordonnait de faire le bien et défendait de faire le mal. Voici ce que j'ai entendu raconter par notre professeur, le Muhaddith Al Qawrî : « Khalîl était favorisé par des révélations célestes. Un jour qu'il passait devant la salle d'un restaurateur, il devina que celui-ci trompait ses clients en leur vendant des mets préparés avec de la viande provenant de cadavres d'animaux [et donc illicites à la consommation]. Ainsi découvert, le restaurateur avoua sa fraude et se repentit entre les mains de Khalîl. »


Il me semble avoir lu cette histoire du restaurateur dans la biographie de Al Manûfî, laquelle histoire ferait plutôt partie des miracles attribués par Khalîl à son maître ; mais Allâh sait le mieux ce qu'il en est.
» [Nayl Ul Ibtihâj Bi Tatrîz Id Dîbâj]. 

 

Telle fut la vie de l'Imâm Khalîl Ibn Ishâq. Il mourut en 767 de l'Hégire et fut enterré au cimetière de Al Qarâfah du Caire en Égypte. Dans son commentaire du Mukhtasar Khalîl intitulé Fath Ul Jalîl Fî Sharh Mukhtasar Al Khalîl, Ash Shaykh Abû 'Abdi Llâh At Tatâ°î (qu'Allâh lui fasse miséricorde) rapporta d'après le Shaykh 'Abd Ul Khâliq Ibn Furât (qui était l'un des disciples de l'Imâm Khalîl), que l'Imâm Khalîl a été vu en songe par une personne qui lui a demandé quel sort Allâh lui avait réservé dans l'autre monde. Al Imâm Khalîl lui dit alors : « Allâh m'a accordé Son pardon ainsi qu'à tous ceux qui ont prié sur ma dépouille le jour de mes funérailles. »

 

Qu'Allâh lui fasse miséricorde et l'agrée dans Son vaste Paradis. Qu'Allâh illumine sa tombe et nous fasse bénéficier de son savoir, et puisssions-nous suivre ses pas qui assurément étaient conformes à la Sunnah du Messager d'Allâh (que Le Salut et La Paix d'Allâh soient sur lui). Allâhumma Âmîn.

 

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