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L'infaillibilité du Prophète Yûsuf (Al Qurtubî, At Tijânî et Al Burusûwî)

7 Avril 2011, 09:24am

Publié par at-tawhid.net

A partir du verset disant : « Et, elle le désira. Et il l'aurait désiré n'eût été ce qu'il vit comme preuve de son Seigneur [...] » [Sourate 12 – Verset 24], certains ont prétendu que Sayyidunâ Yûsuf (que La Paix soit sur lui) avait eut envie de commettre la fornication avec Zulaykhâ, la femme du gouverneur, et ainsi entraîner une femme mariée vers l'adultère. Cependant, un tel avis est inacceptable et contredit l'infaillibilité dont sont dotés l'ensemble des Prophètes (que La Paix d'Allâh soient sur eux tous), car comme l'a dit le Shaykh Ul Islâm Ibrâhîm Al Ya'qûbî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) : « Les Prophètes sont infaillibles et donc préservés des péchés capitaux et véniels. » [Farâ°id Ul Hisân].

Al Imâm Abû 'Abdi Llâh Al Qurtubî Al Ansârî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit dans l'exégèse de ce verset :

« Les savants ont divergé sur le désir de Yûsuf (que La Paix soit sur lui). Quant au désir de Zulaykhâ, il n'y a aucune divergence sur le fait que son désir était [de commettre] un péché. Quant à Yûsuf (que La Paix soit sur lui) le verset a dit : « il l'aurait désiré n'eût été ce qu'il vit comme preuve de son Seigneur [...] ».

Abû Hâtim a dit : « J'apprenais les paroles ambiguës du Qur°ân auprès de Abû 'Ubaydah, quand j'étais arrivé à ce verset, Abû 'Ubaydah dit : « Le sens de cette parole est que n'eût été les preuves de son Seigneur, il l'aurait désiré, mais comme il a vu les preuves d'Allâh (qu'Il soit glorifié et exalté) il ne l'a pas désiré grâce à l'Infaillibilité de la Prophétie. ». ». »
[Al Jâmi' li Ahkâm Il Qur°ân].

C'est-à-dire que si Sayyidunâ Yûsuf (que La Paix soit sur lui) n'était pas un Prophète, mais plutôt un musulman parmi le commun des mortels, il aurait succomber à la tentation à laquelle Zulaykhâ l'invitait. Cependant, étant un Prophète et ayant reçu et vu les preuves de son Seigneur, dont entre autres l'infaillibilité, il ne l'a pas fait.


Du point de vue de l
a langue Arabe, grammaticalement parlant, cette interprétation est solidement fondée et excellente, on pourra notamment consulter le Tafsîr de l'Imâm Mahmûd Al Alûsî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) intitulé h Ul Ma'ânî pour avoir de plus amples explications. Et rien ici n'indique que le passage « il l'aurait désiré » énonce le fait qu'il l'aurait désiré et qu'une preuve venue de son Seigneur l'aurait dissuadé. Plutôt, il l'aurait désiré si il n'avait pas reçu la Prophétie !

Cependant, comme nous l'avons vu plus haut avec la parole de l'Imâm Abû 'Abdi Llâh Al Qurtubî (qu'Allâh lui fasse miséricorde), les savants exotériques ont divergé sur cette question, il est donc fréquent de trouver l'avis que nous réfutons ici. Al Imâm Al Qurtubî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a ainsi dit : « Certains ont dit que le désir de Yûsuf était un péché et qu'il s'est même allongé sur la femme (Zulaykhâ) comme un homme ferait avec son épouse, et cela est la parole de l'immense majorité des exégètes du Qur°ân [...] » [Al Jâmi' li Ahkâm Il Qur°ân]

Qu'Allâh nous préserve d'une telle erreur. Car quel que soit le degré de ces savants et quel que soit leur nombre, c'est une erreur manifeste de leur part et nous prions Allâh de les pardonner et d'effacer cet acte de leurs livres des comptes.

Ash Shaykh 'Arfân Al 'Ashâ - chargé de l'annotation du Tafsîr Al Qurtubî aux éditions Dar El Fikr - commenta ce passage rapporté par l'Imâm Al Qurtubî en disant :

« Cela fait partie des grands mensonges émis à l'encontre de celui qu'Allâh a rendu Infaillible (Sayyidunâ Yûsuf). Et une telle chose est inacceptable concernant un Prophète !

Al Qâdî Abû Bakr, plus connu sous le nom de Ibn Al 'Arabî a dit dans Ahkâm Ul Qur°ân, Tome 3 Page 48 : « On a détaillé cette question dans le chapitre des Prophètes dans le livre intitulé Sharh Ul Mushkilîn. Et on a éclaircit le fait qu'Allâh (qu'Il soit glorifié et exalté) n'a jamais informé, dans ce récit, que le Prophète Yûsuf (que La Paix soit sur lui) a fait un acte par ses organes. Il a juste parlé du désir et ceci est un acte du cœur. Mais qu'a-t-il bien pu arriver à ces mufassirûn ?! Ils ont failli ne rien comprendre ! [...] ». »
[Al Jâmi' li Ahkâm Il Qur°ân]

Al Qâdî Abû Bakr Ibn Al 'Arabî Al Ma'âfirî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) était de ceux qui réfutaient le fait que Sayyidunâ Yûsuf (que La Paix soit sur lui) ait commis un quelconque péché, mais était de l'avis de ceux qui pensaient qu'il avait eu l'intention de le commettre durant un court instant. Cependant nous ne sommes pas d'accord avec cela comme exprimé plus haut, et nous allons fournir d'autres arguments que ceux rapportés par l'Imâm Abû Hâtim (qu'Allâh lui fasse miséricorde).

Al Imâm Al Qurtubî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit plus loin : « Certains ont dit : « il l'a désiré », c'est-à-dire, il a désiré la frapper et la repousser. La preuve de son Seigneur signifie qu'il s'est retenu de la frapper parce que s'il l'avait frappé il y aurait eu des soupçons et des doutes sur le fait qu'il aurait pu vouloir la violer et qu'elle aurait refusé. » [Al Jâmi' li Ahkâm Il Qur°ân]

Ash Shaykh 'Arfân Al 'Ashâ - qu'Allâh le préserve - commente ceci en disant : « Et c'est ce qu'il faut retenir de l'interprétation de ce verset. »

Les Soufis tels que l'Imâm Abûl 'Abbâs Ahmad Ibn Muhammad At Tijânî (voir Jawâhir Ul Ma'ânî), Ash Shaykh 'Abd Ul 'Azîz Ad Dabbâgh (voir le Kitâb Ul Ibrîz) ou encore Al Imâm Mahmûd Al Alûsî An Naqshibandî (voir son h Ul Ma'ânî) sont également de cet avis et fermement opposés à toute autre prétention.

C'est également l'avis que soutient Al Imâm Ismâ'îl Ul
Haqqî Al Barusûwî (qu'Allâh l'agrée) qui a dit dans son Tafsîr :

« « Et, elle le désira » : Le désir est le fait que le cœur ait eu l'intention d'accomplir un acte avant de l'avoir commis, que ce soit quelque chose de bien ou quelque chose de mal. Cette parole veut dire qu'elle a eu le désir de commettre l'acte même (l'adultère) [...] et a fait tout ce qu'elle pouvait pour que cet acte puisse être réalisable, en l'amenant [dans sa chambre], en fermant les portes et en l'appelant vers elle en lui disant « Viens, je suis prête pour toi ! » (Sourate 12 - Verset 23), et peut-être même, à ce moment précis, a-t-elle essayé d'autres tentations comme tendre le bras [en l'appelant] et vouloir l'embrasser, et d'autres choses encore qui peuvent le pousser à fuir vers la porte (du fait de cette invitation à l'illicite) [...].

« Et il l'aurait désiré », c'est à dire de commettre l'acte ; ce qui veux dire que par sa nature humaine et son désir de jeunesse, il aurait naturellement succomber [à ces tentations]. Et ceci ne rentre pas dans le cadre du taklîf [1] parce que ce ne serait pas une intention dans laquelle il y aurait un choix. De même, il a été préservé de la turpitude et des actes illicites grâce à l'Infaillibilité que donne la Prophétie, de même qu'il a été préservé d'un quelconque désir interdit. Allâh (qu'Il soit glorifié et exalté) a utilisé l'expression du désir juste parce que cela aurait pu lui traverser l'esprit [sans qu'il ne l'ait désiré pour autant] [2]. Il a utilisé la même expression pour les deux personnes juste pour donner une image de la scène mais non pour montrer la ressemblance de leurs désirs respectifs. Il a appuyé cette différence dans le fait qu'Il n'a pas dit que « les deux se sont désirés » ou bien que « chacun d'entre eux s'est désiré l'un l'autre. ». » [h Ul Bayân].

Ainsi, Sayyidunâ Yûsuf (que La Paix soit sur lui) n'a jamais commis de péché dans sa vie, que se soit face à l'épisode de Zulaykhâ ou d'autres. Sayyidunâ Yûsuf (que La Paix soit sur lui) n'a jamais pensé à commettre un seul péché dans sa vie, que se soit face à l'épisode de Zulaykhâ ou d'autres, bien que shay
tân (qu'Allâh le maudisse) ait tenté à plusieurs reprises de le convaincre de se détourner d'Allâh en lui insufflant de mauvaises pensées pour le perturber comme il l'a fait avec l'ensemble des Prophètes, mais sans succès. Et dans cet épisode précis, Sayyidunâ Yûsuf (que La Paix soit sur lui) aurait souhaité la repousser avec brutalité afin qu'elle le laisse tranquille et le laisse sortir de la pièce dans laquelle il était enfermé. Mais par Son Immense Sagesse, Allâh (qu'Il soit exalté) ne lui a pas permis cela non plus bien qu'il l'eut désiré, afin que Sayyidunâ Yûsuf (que La Paix soit sur lui) puisse être libre de tout soupçon. Car si il l'avait brusqué, les gens auraient pu croire qu'il avait tenté de la violer. Ainsi, Allâh fit triompher la vérité sans que Sayyidunâ Yûsuf eut besoin de faire quoique ce soit si ce n'est refuser les sollicitations de Zulaykhâ. Qu'Allâh le bénisse et le salut et qu'Il soit exalté pour les bienfaits dont Il pourvoit Ses serviteurs.

 

Comme l'a dit l'Imâm Ismâ'îl Ibn Kathîr (qu'Allâh lui fasse miséricorde), « Ce qu'il faut croire et déduire de ces versets, c'est qu'Allâh l'a préservé, innocenté et purifié des turpitudes de même qu'Il l'a mis à l'abri de la ruse de cette femme. » [Al Bidâyah wa An Nihâyah].

Et afin d'éviter tout doute et toute polémique, il convient donc de retenir la traduction proposée par le Shaykh 'Abdu Llâh Penot (qu'Allâh le préserve) qui dit :

12 ; 24 -
« Elle songea à commettre l'adultère avec lui et il songea à la repousser brutalement, n'eut été le signe que lui fit voir son Seigneur : cela afin que Nous le préservions du mal et de la turpitude, car certes, il était l'un de nos pieux serviteurs. »

Et nous conclurons cet article par cette parole de l'Imâm Abul 'Abbâs A
hmad Ibn Muhammad At Tijânî (qu'Allâh l'agrée) dans laquelle il a dit : « Sache que le fait de commettre un péché, qui signifie « acte interdit par la Sharî'ah », en ce qui concerne les Prophètes, est impossible. Une telle chose est inimaginable en ce qui les concerne grâce à l'Infaillibilité dont ils sont pourvus, quelque soit la valeur du péché, petite ou grande. » ['Alî Al Harâzim - Jawâhir Ul Ma'ânî].

Notes :

[1] " At taklîf " signifie l'astreinte légale, l'obligation légale, le fait d'être légalement assujetti à quelque chose ; Al Imâm 'Alî Al Jurjânî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit :
« C'est l'obligation enjointe à celui à qui elle est destinée. » [Kitâb Ut Ta'rîfât].

[2] C'est-à-dire qu'il ne l'aurait pas penser de lui-même, qu'il ne s'est pas dit « elle me tente, et si je succombais ? », mais plutôt que shay
tân (qu'Allâh le maudisse) lui aurait soufflé ceci afin de le tromper (mais sans succès car Sayyidunâ Yûsuf est un Prophète et donc Infaillible) et par conséquent que ceci passa dans ses pensées sans qu'il ne soit d'accord avec cela un seul instant.

 

Qu'Allâh nous donne la bonne croyance et un amour pur à l'égard de nos Prophètes (que Le Salut et La Paix d'Allâh soient sur eux tous), Allâhumma âmîn.


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