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La différence dans l'interprétation des Attributs Divins chez les Sunnites et les innovateurs (Al Ghazâlî)

4 Décembre 2011, 19:35pm

Publié par at-tawhid.net

 

Al Hujjat Ul Islâm Abû Hâmid Al Ghazâlî (qu'Allâh l'agrée) a dit :

 

« Dans ce domaine, on constate que certains ont exagéré et outrepassé le juste milieu que d'autres ont pourtant su respecter. En voulant pénétrer les apparences et lever le voile du mystère, ils en sont arrivés à détourner le sens de la plupart des expressions littérales et des arguments formels qui sont contenus dans le Qur°ân ou la Sunnah.

 

Par exemple, que ce soit les Paroles Divines « Leurs mains nous parleront et leurs pieds témoigneront de leurs actions » [Sûrah 36 - Âyah 65], « Ils diront à leurs peaux : « Pourquoi témoignez-vous contre nous ? » Celles-ci répondront alors : « C'est Allâh qui nous fait parler, tout comme il fait parler toute chose. ». » [Sûrah 41 - Âyah 21], ou bien l'entretien avec Munkir et Nakîr dans la tombe, les descriptions de la Balance (Al Mîzân), du Pont (As Sirât), du Jugement Dernier, ou encore les débats entre les habitants de l'Enfer et du Paradis etc, tout cela est interprété par certains de façon abusive, qui affirment que le sens visé ne correspond pas à la lettre de l'expression.

 

D'autres savants ont exagéré en adoptant la position inverse, tel l'Imâm Ahmad Ibn Hanbal qui est allé jusqu'à interdire d'interpréter la Parole Divine : « Sois ! Et elle est ». Ceux-là ont prétendu qu'Allâh s'adresse par des mots et une voix audible chaque fois qu'Il crée quelque chose. C'est ainsi que nous avons entendu un disciple de l'Imâm Ahmad dire que celui-ci a proscrit toute interprétation sauf pour trois paroles Prophète (que Le Salut et La Paix d'Allâh soient sur lui) qui sont :

 

* « La pierre noire [de la Ka'bah] est la main droite d'Allâh sur terre. » [Al Hâkim] ;

* « Le cœur du croyant est entre deux des doigts de Ar Rahmân. » [Ahmad] ;

* « Je sens que le souffle de Ar Rahmân vient du Yémen. » [Ahmad].

 

Les hashwiyyah (littéralistes) sont donc plutôt enclins à refuser toute interprétation.

 

A notre avis, l'Imâm Ahmad Ibn Hanbal savait bien par exemple que l'istawâ ne signifie pas l'immobilité (al istiqrâr) et que Sa descente (an nuzûl) ne signifie pas non plus le déplacement (al intiqâl). Cependant, il a interdit d'interpréter ces expressions, afin de couper court à toutes les fantaisies, et surtout pour le salut des croyants. Car une fois la porte ouverte, l'entrebâillement se fera de plus en plus grand, et l'affaire échappera à tout contrôle, allant au-delà des limites fixées par la voie médiane, puisque la limite au-delà de ce qui est juste et correct ne peut être réglée. Il n'y a donc aucun inconvénient à vouloir empêcher ces interprétations.

 

La conduite des Salaf Us Sâlih atteste la justesse de cette attitude. Ils avaient ainsi pour l'habitude de dire à propos de ce genre d'expressions ambigües : « Prenez-les comme telles ». Quand on interrogea l'Imâm Mâlik à propos de l'istawâ, il donna la réponse suivante : « Al Istawâ° n'est pas inconnu, le comment est impossible, croire en cela est une obligation, poser une question à ce sujet est une innovation blâmable. » Certains savants adoptèrent une position modérée et médiane admettant la possibilité de l'interprétation seulement pour les expressions relatives aux Attributs d'Allâh, et non pour les expressions relatives à l'au-delà, qu'ils laissèrent dans leur sens littéral. Il s'agit du groupe des Ash'arites (Al Ashâ'irah).

 

Les mu'tazilites (al mu'tazilah), quant à eux, sont allés plus loin en interprétant au sens métaphorique des Attributs d'Allâh comme la Vision et l'Audition, le fait qu'Il entend et voit tout. Ils ont aussi interprété la signification de l'ascension du Prophète (al mi'râj), en prétendant qu'lle n'avait pas eu lieu avec le corps mais seulement avec l'esprit. Mais si les mu'tazilites n'ont pas compris au sens littéral le châtiment de la tombe, la Balance, le Pont et d'autres conditions de l'au-delà, ils ont en revanche affirmé la résurrection des corps ainsi que l'existence physique du Paradis, avec ses parfums, ses mets, ses plaisirs sexuels et autres délices sensibles. Il en est de même pour ce qui concerne le feu de l'Enfer brûlant les corps sensibles, qu'ils ont compris dans le sens littéral.

 

Quant aux philosophes, ils sont allés encore plus loin : ils ont interprété tout ce qui est dit au sujet de l'au-delà, en le comprenant dans le sens de douleurs et de plaisirs spirituels et intellectuels. Ils ont nié la résurrection des corps, en affirmant l'immortalité des âmes, lesquelles seront châtiées ou gratifiées par un châtiment et un bonheur qui n'ont rien de sensible. Les interprétations des philosophes sont exagérées.

 

Le juste milieu entre ce manque totale de réserve et la fermeté des hanbalites est un point subtil et obscur, qui ne peut être découvert par ceux qui, guidés par Allâh, perçoivent les choses au moyen d'une lumière Divine, sans suivre aveuglément ce qu'ils entendent ou apprennent traditionnellement. Lorsque se révèlent à eux les secrets des choses dans leur nature profonde, ces hommes doués de clairvoyance reconsidèrent les expressions qu'ils entendent, confirmant celles qui s'accordent avec ce qu'ils ont vu par la lumière de la certitude, et interprétant les expressions qui n'y correspondent pas. Quant à ceux qui ont connaissance de ces choses en s'appuyant simplement sur ce qu'ils entendent, ils ne seront jamais à l'aise en la matière, et ne peuvent avoir un avis sur ces choses. Pour ceux-là, ils est préférable d'adopter la position de l'Imâm Ahmad Ibn Hanbal, en s'abstenant de toute interprétation. »

 

Fin de citation.

 

Source : Qawâ'id Ul 'Aqâ°id de Al Hujjat Ul Islâm Abû Hâmid Al Ghazâlî (qu'Allâh l'agrée).


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