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La trinité, une perspective musulmane ('Abd Ul Hakîm Murâd)

3 Novembre 2010, 16:04pm

Publié par at-tawhid.net

Ash Shaykh 'Abd Ul Hakîm Murâd (qu'Allâh le préserve) a dit :

 

« Comment les musulmans comprennent-ils la Trinité ? Répondre à cette question n’est pas si simple car l’éventail des réponses formulées par nos savants est très large et on trouve en l’espèce autant d’interprétations de cette doctrine du côté musulman que du côté chrétien lui-même. On notera déjà la chose suivante : les savants de l’islam médiéval furent davantage au fait des doctrines chrétiennes que les docteurs du christianisme l’étaient des doctrines islamiques. Le dialogue islamo-chrétien, une nouveauté en Occident, possède en effet une longue histoire au Moyen-Orient. Au huitième siècle déjà, en Syrie, des débats policés opposaient Saint-Denis le damascène aux théologiens musulmans. La plupart de des derniers toutefois, n’ont jamais vraiment saisi la signification de cette doctrine. Il suffit de lire leurs œuvres pour s’en rendre compte. Loin de moi l’idée d’imputer ce déficit en matière d’analyse à un manque de sagacité intellectuelle de leur part, c’est plutôt faute de maîtriser les subtilités de la scolastique et d’être rompus à la pensée trinitaire que nos théologiens furent réduits à se battre contre des moulins.

 

Il me semble que deux raisons expliquent cela. Tout d’abord la Trinité a toujours été la pomme de discorde majeure entre l’Islâm et le christianisme; et ne manqua pas à ce titre de fréquemment déchaîner les plus vives passions. Dans l’inconscient collectif musulman pré moderne, les croisés, les conquérants chrétiens, les inquisiteurs, tous étaient mus par un même impératif catégorique : soumettre coûte que coûte la doctrine de la Trinité à leurs ennemis musulmans infortunés. On se rappelle encore de nos jours parmi les musulmans de Russie que lorsque Ivan le Terrible captura Kazan, la capitale de la Volga musulmane, il s’empressa d’avertir la population indigène qu’il laisserait la vie sauve à quiconque « bénirait avec nous la très Sainte Trinité, de génération en génération. »

 

Aujourd’hui encore en Bosnie, des dissidents serbes utilisent le salut à trois doigts (de la Trinité) pour provoquer leurs rivaux musulmans. C’est donc le plus souvent dans un contexte d’âpres polémiques, de peur, d’incompréhension et de haine réciproques que les musulmans examinèrent cette doctrine qui pour eux symbolisait avant tout cet autre, barbare, inconnu violent, embusqué sur les rives nord de la méditerranée, théâtre de toutes sortes de complots démoniaques.

 

A cette distorsion se greffent quelques problèmes ayant plus directement traits aux principes philosophiques qui sous-tendent la doctrine. L’Islâm a produit de grands penseurs mais ses apports en matière d’épistémologie théologique sont relativement restreints si on les compare avec ceux du christianisme. Aussi les études des chercheurs musulmans réalisées sur la Trinité trahissent bien souvent leur agacement, car au nombre des vertus de la mentalité sémitique demeure cette conviction selon laquelle la réalité ultime se doit d’être ultimement simple, et que, par suite, le discours nicéen d’une déité se déclinant en trois personnes, une d’elles se clivant elle-même en deux natures différentes, lesquelles natures seraient quand même quelque part réductibles à une authentique unité, indépendamment du fait qu’il s’avère rationnellement douteux, semble intuitivement faux. Dieu, Primera Causa de toute existence n’a de toute évidence nullement besoin d’être si compliqué.

 

A cela s’ajoute un autre problème de taille : les deux siècles passés ont entamé le consensus traditionnel (lequel fut toujours fragile au demeurant) qui s’était formé autour de la Trinité au sein des Églises occidentales. Ce consensus ne fait aujourd’hui plus l’unanimité parmi les docteurs du christianisme. A l’examen de leurs diverses publications – dont on admirera au passage le surprenant foisonnement – les chercheurs musulmans peinent à comprendre comment les chrétiens eux-mêmes situent leur propre doctrine. On observera d’ailleurs que ces derniers sont généralement plus enclins à débattre de sujets autres, eux-mêmes étant, semble-t-il, fort peu à l’aise avec certains aspects de la Trinité.

 

Il m’apparaît opportun, dans ce contexte, de vous exposer ma compréhension personnelle, qui, partant, est celle d’un musulman, de la théorie trinitarienne. L’orthodoxie historique du christianisme, rappelons-le, est étroitement tributaire de cette doctrine théologique. D’un point de vue théorique, la Trinité ne peut faire sens si on n’a pas au préalable entériné les doctrines respectives du Rachat et de l’Incarnation. Dans son Cur Deus Homo, Saint-Anselme indique que la doctrine du Rachat postule la divinité du Christ dans la mesure où seul un sacrifice infini est susceptible d’expier le mal illimité de l’humanité. Celui-ci étant, pour reprendre l’expression de Saint-Augustin, une massa damnata, une damnation collective entraînée par le péché originel d’Adam. Jésus de Nazareth était ainsi Dieu incarné, marchant sur terre, à distinguer de Dieu le « Père » installé au ciel et entendant nos prières. Dieu, qui dès lors se concevait au moins « deuxenun » exista, tout au moins au cours de la période historique du Christ, au ciel et sur terre, en deux entités bien distinctes. Pour le christianisme primitif, le Logos, en tant qu’il est l’esprit du Christ censé infuser la présence divine dans la vie humaine, s’hypostasia alors dans le temps en une troisième personne. La Trinité était née. Les croyances triadiques qui prévalaient à cette époque au Moyen-Orient, avec entre autre la croyance en une figure d’expiation divine, ne sont sans doute pas étrangères à cette construction.

 

Examinons à présent les arguments scripturaires de cette doctrine. J’avoue d’emblée ne pas être un spécialiste de la Bible armé de la batterie de qualifications philologiques déployée par tant d’autres, mais il me semble cependant qu’un consensus a pu récemment se former autour d’historiens émérites, au rang desquels on trouve des personnalités comme le Professeur Geza Vermes d’Oxford : Jésus de Nazareth n’a jamais cru ni professé qu’il était la seconde personne d’une Trinité. L’examen des faits historiques nous présente un homme profondément conscient d’un Dieu « Père » divin et aimant, consacrant son ministère à proclamer l’imminence de Son royaume et à exhorter les hommes à rectifier leur for intérieur dans la perspective de cet Instant décisif. Nous savons également qu’il se considérait lui-même comme le messie, le « fils de l’homme », annoncé par les prophètes bibliques. Les études récentes qui ont été réalisées sur le Judaïsme du premier siècle grâce aux découvertes archéologiques de Qumram montrent d’ailleurs que nul de ces termes (fils de l’homme, messie) ne fait référence à la divinité : ils recouvrent simplement le sens de « serviteur purifié de Dieu ».

 

L’expression « fils de Dieu », qui dans la pensée médiévale et patristique revient souvent pour justifier la doctrine de la divinité de Jésus, ne semble pas d’avantage fondée : dans l’usage courant du Moyen-Orient aussi bien que dans l’Ancien Testament, cette expression désigne les rois, les pharaons et les faiseurs de miracles.… C’est seulement lorsque Saint-Paul exporta sa version du message chrétien au-delà des frontières juives dans le monde plus vaste des Gentils que cette image de filiation christique fut interprétée non plus métaphoriquement, mais métaphysiquement. Ce qui résulta en termes de controverses, d’anathèmes et d’imbroglios politiques est relativement complexe à décrire, mais ce qui semble clair en revanche, c’est que le Christ hellénisé, en substance divin dans une première nature, et en substance humain dans une seconde, n’a plus grand chose à voir avec le prophète ascétique qui parcourait les routes de Galilée quelques trois siècles au préalable.

 

Du point de vue musulman, la « désémitisation » de Jésus fut une réelle catastrophe. Trois siècles après Nicée, le Qur°ân déclare : « Le Messie fils de Marie n’est qu’un prophète qu’ont précédé d’autres Prophètes…Ô gens du Livre, ne soyez pas excessifs dans votre religion au point de déformer la Vérité, et ne suivez pas les passions d’une faction qui s’est égarée dans le passé. »

 

Et encore : « Ô gens du Livre, ne soyez pas excessifs dans votre religion et ne dites que la Vérité à propos d'Allâh. Le Messie Jésus fils de Marie, n’est que le Messager d'Allâh, Son Verbe qu’Il a projeté en Marie et un Esprit venant de Lui. Croyez en Allâh et en Ses envoyés et cessez de dire [un Dieu] en trois [personnes], cela sera préférable pour vous. Allâh, gloire à Lui, ne saurait être qu’une Divinité Unique ! … Ni le Messie ni les anges qui jouissent de la protection [divine] ne dédaignent d’être des serviteurs d'Allâh. »

 

Le terme coranique traduisant ici l’idée « d’exagération », ghuluww, est devenu un terme standard de l’hérésiographie musulmane. Il qualifie en l’espèce l’hérésie consistant pour le pratiquant d’une religion quelle qu’elle soit, musulmane ou autre, à diviniser une figure charismatique vénérée. On sait par exemple qu’Ali, le gendre du Prophète, fut décrit de son vivant par quelques uns de ses proches disciples d’origine irakienne, où les cultures hellénistiques et païennes formaient l’essentiel de l’arrière-plan éducatif des convertis, comme Dieu Lui-Même, ou le véhicule d’une incarnation divine – hulul. Cette revendication ne manqua toutefois pas d’exaspérer le quatrième calife puisque celui-ci décida de bannir les thuriféraires de son compagnonnage. Quelques sectes islamiques marginales, comme le Kilzibash en Turquie, ou les Alaouites des montagnes syriennes, entretiennent aujourd’hui encore une cosmologie ésotérique qui stipule que Dieu s’est incarné en 'Alî et dans la lignée des Imams qui lui succèdent.

 

L’Islâm mainstream cependant, malgré sa rapide diffusion au sein des populations non sémitiques, n’a jamais cédé à cette tentation. Le plus célèbre des poèmes dévotionnels composé en l’honneur du Prophète Béni Muhammad : l’Ode du Manteau (Qasîdat Ul Burdah) de Al Busayrî, pose les bornes d’une vénération acceptable : 

 

« Renonce à ce à quoi les chrétiens prétendent de leur prophète,
Puis loue Muhammad comme bon te semble, et avec tout ton cœur.
Car bien qu’il était d’une nature humaine,
Il était le meilleur de la création sans exception. »

 

Quelques années avant lui, un théologien du XIIème siècle, Al Ghazâlî, a illustré les dangers du ghulluw par cette splendide métaphore : les chrétiens, écrit-il, furent si éblouis par la lumière divine réfléchie sur le cœur-miroir de Jésus, qu’ils prirent le miroir pour la lumière elle-même et se mirent à adorer le miroir. Mais ce qui arriva à Jésus n’est somme toute pas tellement différent de ce qui arriva, et continue d’arriver, à n’importe quelle âme purifiée parvenue à la station de sainteté, mais pourquoi donc la présence de lumière divine dans le cœur de Jésus fonderait-elle ipso facto une doctrine le présentant comme l’hypostase d’une trinité divine ?

 

D’autres aspects de cette doctrine ne manquent pas de laisser les musulmans pour le moins dubitatifs. La doctrine de l’Incarnation par exemple. Celle-ci, de notre point de vue, est particulièrement déroutante. Elle sous-entend en effet que Dieu n’est « pas capable » de nous pardonner tant que Jésus n’a pas enduré le châtiment que les hommes méritent en agonisant sur la croix. Il n’a pas échappé à John Hick qu’« une absolution qui doit passer par le paiement de la dette intégrale n’a plus rien d’une absolution. »

 

Ce que Jésus nous enseigne à travers la parabole du Fils Prodigue semble beaucoup plus sage et raisonnable. Le père absout entièrement les fautes de son fils et n’a pas besoin de faire couler le sang pour satisfaire son besoin de vengeance. La Prière du Seigneur, cette magnifique demande de pardon, ne fait nulle part allusion à l’idée de rachat ou de rédemption.

 

L’idée que Jésus lui-même se faisait du pardon divin, celle que l’on retrouve dans les Évangiles, s’accorde parfaitement avec les conceptions qu’en ont l’Islâm et l’Ancien Testament. « Dieu peut tout pardonner » précise le Qur°ân. Et dans un hadith authentique du Prophète, il nous est rapporté cette histoire : un petit garçon se tenait en plein soleil un jour de canicule. L’apercevant, une femme s’extirpa de la foule qui l’entourait et accouru vers le petit qu’elle serra contre sa poitrine. La femme se tourna ensuite en direction de la vallée pour protéger l’enfant de l’ardeur du soleil, s’exclamant, « Mon fils ! Mon fils ! ». Le gens qui assistèrent à la scène furent émus jusqu’aux larmes. Le Messager de Dieu, sur lui la paix, arriva sur ces entrefaites. On l’informa de la scène qui venait de se dérouler et il se réjouit de leur noble empathie. Il leur déclara alors : « Vous émerveillez-vous de la miséricorde de cette maman à l’égard de son enfant ? » « Oui, en effet », répondirent-ils. « Sachez alors que Dieu, exalté soit-Il, est plus compatissant envers vous que cette femme ne l’est envers son fils. » Sur ces magnifiques paroles, les musulmans reprirent leurs occupations, débordant de joie et d’espoir.

 

Ce même hadîth nous informe par ailleurs d’une caractéristique tout à fait remarquable de la conception musulmane de la rémission divine, à savoir que cette dernière a un aspect proprement « maternel ». Le terme qui dans cette tradition est utilisé pour attribuer à Dieu les qualités de « Compassion » et de « Miséricorde » est Ar Rahmân, qui d’après le Prophète est dérivé de « rahîm », qui signifie la « matrice ». Des études islamiques récentes se sont appuyées sur ces considérations étymologiques pour démontrer, avec plus ou moins de pertinence me semble-t-il, que Dieu dispose d’attributs qui, métaphoriquement, auraient tantôt un aspect féminin/maternel (ce sont des attributs de douceur et de clémence) tantôt un aspect « masculin » (ce sont des attributs de force et justice). Ce concept ne fut que très récemment mis au jour par nos théologiens et là n’est pas le lieu pour en approfondir l’étude, mais il est tout de même intéressant de relever des points de convergence entre la christologie de théologiennes féministes comme Rosemary Reuther et certaines thèses de penseurs musulmans.

 

Dans des travaux récents, le théologien jordanien Hasan As Saqqaf réaffirme la position orthodoxe selon laquelle Dieu transcende les genres sexuels, et ne saurait d’aucune manière être perçu comme « masculin » ou « féminin » - bien que Ses attributs, on l’a vu, manifestent des qualités masculines et féminines, sans qu’un genre n’ait prépondérance sur l’autre. Cette perspective d’une souveraineté divine de genre « neutre » est largement reprise dans les études islamologiques de Karen Armstrong et commence à faire son chemin chez diverses intellectuelles féministes. Maura O’Neill dans un ouvrage récent remarque que « les musulmans n’utilisent pas un Dieu masculin comme instrument – conscient ou inconscient – de construction de rôles sociaux sexués. »

 

Quant à Reuther, si elle admet émettre de grandes réserves quant à la fondation scripturaire de la Trinité, elle reproche surtout à cette dernière sa tendance à « masculiniser » le Divin. Peut-être exagère-t-elle – ou peut-être pas – quand elle impute à cette tendance les souffrances endurées par les femmes chrétiennes à travers l’histoire. Mais elle a en revanche tout à fait raison de suggérer que la Trinité, ainsi masculinisée, marginalise d’autant les femmes, précisément dans la mesure où – nous rappelle-t-elle – c’est l’homme qui fut crée imago dei, et que la femme n’est par rapport à celui-ci qu’une version révisée, une copie supposée moins théomorphique.

 

La liturgie protestante américaine a, en partie sous son influence, multiplié les efforts pour « démasculiniser » la Trinité. Les lectionnaires se réfèrent aujourd’hui plus volontiers à un Dieu « Père et Mère ». Le Christ n’est plus le « fils » de Dieu mais Son « enfant ». Autant de mutilations doctrinales qui confinent à l’absurde.

 

En Grande-Bretagne, la BBC study Comission on Trinitarian Doctrine prit le taureau féministe par les cornes quand, en 1989, elle délivra un rapport statuant que : « Le mot « Père » doit se comprendre de manière apophatique, autrement dit une fois purgé des références – dans ce contexte masculines et patriarcales – qui le connotent improprement. Ce qui restera dès lors sera une orientation vers la personnalité, une relation à l’être qui éclot dans la personne, et non dans le mâle. »

 

Force est d’admettre que cela n'est pas spécialement convaincant. Le concept de patriarcat dépouillé de toute référence masculine n'a plus rien du tout de patriarcal. Ce ne sont finalement que les dernières manœuvres exégétiques en date autour de l’impossible doctrine trinitarienne, qui, pour reprendre l’expression de John Biddle, le père de l’unitarisme, s’avère finalement « plus utile aux polémistes qu’aux chrétiens eux-mêmes. »

 

Je conclurai donc en disant que la Trinité, exposée avec une si grande minutie dans les plusieurs volumes que Thomas d’Aquin lui a consacrés, en présument beaucoup trop sur la nature intime de Dieu. J’ai indiqué plus haut que l’Islâm s’est toujours montré plus réticent que le christianisme à emprunter la voie de la philosophie épistémologique pour cheminer vers Lui. En fait, l’unité divine fut attestée par les musulmans en vertu de deux sources supra rationnelles : la révélation du Qur°ân et l’expérience unitive des saints. Le mysticisme témoigne essentiellement que Dieu est Un et indivisible. Et l’Islâm, religion de l’unité divine par excellence, rattache étroitement la foi à l’expérience mystique. Un soufi bosniaque du XVIIIème siècle, Hasan Kaymî, a tenté de traduire cette réalité dans un poème qui, encore de nos jours, vibre dans le cœur d’un grand nombre de sarajevines : 

 

« O toi qui cherches la vérité, c’est l’œil de ton cœur qui doit rester ouvert.
Réalise l’Unité Divine aujourd’hui, en empruntant la voie de l’amour pour Lui.
Si tu objectes : « J’attends que mon esprit saisisse Sa nature »,
Réalise l’Unité Divine aujourd’hui, en empruntant la voie de l’amour pour Lui.
Aspires-tu à contempler le visage de Dieu,
Abandonne-toi à Lui, et invoque-le par Ses Noms sublimes,
Lorsque ton âme sera bien claire, une lumière de joie pure resplendira.
Réalise l’Unité Divine aujourd’hui, en empruntant la voie de l’amour pour Lui. »
. »

 

Fin de citation.

 

Source : www.masud.co.uk.

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