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Le jugement établi concernant le divorce de l'épouse d'un mari disparu dont la mort demeure incertaine (Ibn 'Âdam Al Kawtharî)

26 Mars 2013, 14:16pm

Publié par at-tawhid.net

Al Muftî Muhammad Ibn Âdam Al Kawtharî Al Hanafî (qu'Allâh le bénisse) a dit :

 

« Le premier jugement du madh-hab hanafî concernant l'épouse d'un homme disparu, ou qui l'a abandonnée et a disparu, ceci de telle sorte qu'il n'y ait aucune trace ni de nouvelles de lui et que le fait qu'il soit vivant ou mort demeure incertain, est qu'elle doit attendre la période où les gens de son âge meurent généralement. Ceci est estimé au moment où l'on atteint 90 ans.

 

Al Imâm Al Qudûrî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit : « Si un homme disparaît de sorte à ce que son sort soit inconnu, et qu'on ne sait pas s'il est vivant ou mort, alors le Qâdî désignera quelqu'un [de consentant] qui va sauvegarder ses biens et préserver ses droits. Celui-ci donnera également de l'argent prélevé sur ce qu'il donne à sa femme et ses enfants, et il ne sera pas séparé de sa femme [à cause de cela et des difficultés qui peuvent en résulter]. Lorsque [la personne disparue] atteint l'âge de 120 ans, sa mort sera décrétée par arrêté et sa femme entrera alors en période de viduité. »

 

Al 'Allâmah Al Ghunaymî Al Maydânî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit en commentant ce qui se trouve ci-dessus : « « Lorsque [la personne disparue] atteint l'âge de 120 ans », car il est évident qu'il est impossible pour lui de vivre plus longtemps que cela. Tel est ce qui est rapporté de Al Hasan [Al Basrî] par Abû Hanîfah, et l'Imâm Muhammad [Ibn Al Hasan Ash Shaybânî] rapporta dans son Al Asl que la mort de ceux qui ont un âge semblable sera également prise en compte. Ceci est l'avis prépondérant du madh-hab [...] Ils estiment cela à 90 ans et la fatwâ est de cet avis. » [Al Lubâb Fî Sharh Il Kitâb ; 2/125-126].

 

Al Imâm Al Haskafî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit : « Une personne disparue ne sera pas séparée de sa femme même après que quatre années se soient écoulées, contrairement à l'avis de l'Imâm Mâlik (qu'Allâh l'agrée). » [Radd Ul Muhtâr 'Alâ Ad Durr Il Mukhtâr ; 4/295].

 

Il est rapporté que le Messager d'Allâh (que Le Salut et La Paix d'Allâh soient sur lui) aurait dit : « L'épouse de quelqu'un de disparu demeurera sa femme jusqu'à ce que l'on sache que ce dernier est bel et bien mort. » [Sunan Ad Dâraqutnî. Rapporté avec une faible chaîne de transmission].

 

Compte tenu de ce qui précède, il devient clair que le jugement initiale du madh-hab hanafî est que la femme d'une personne disparue devra attendre jusqu'à ce qu'il atteigne 90 ans, après quoi elle sera libre de se remarier en observant un délai de viduité au préalable.

 

Toutefois, en raison de l'immense difficulté et de la souffrance qu'implique le fait de suivre cet avis, il est pratiquement impossible d'agir de la sorte, c'est pourquoi les derniers juristes hanafites préférèrent l'avis du madh-hab mâlikî sur ce sujet.

 

Al Imâm Ibn 'Âbidîn rapporta dans son Radd Ul Muhtâr que Al Quhustânî a dit : « Si, en cas de nécessité, la fatwâ est donnée selon ce que dit le madh-hab mâlikî, il n'y a aucun mal à faire cela. » [Radd Ul Muhtâr ; 4/296].

 

Suite à cela, voici donc l'avis de l'école mâlikite dans le cas en question :

 

L'épouse d'une personne disparue peut solliciter un tribunal d'un pays musulman pour dissoudre son mariage au motif que son mari l'a abandonnée. S'il est difficile de se déplacer vers un pays musulman, il est alors possible qu'un comité de quelques personnes pieuses composé au moins d'un spécialiste du droit islamique réalise cette opération.

 

Elle devra rendre compte de son cas auprès du tribunal et prouver dans un premier temps son mariage avec la personne disparue puis établir son absence ainsi que le fait qu'il l'a abandonnée. La cour tentera de le rechercher avec tous les moyens possibles comme se renseigner auprès d'amis et d'associations, faire des annonces dans les journaux et envoyer les personnes appropriées dans les endroits dans lesquels il est présumé qu'il pourrait s'y trouver.

 

Si son mari reste introuvable, même après une recherche incessante et une enquête, le tribunal lui demandera d'attendre une période de quatre ans. S'il ne revient pas durant cette période de délai, alors, sur demande de l'épouse seulement, le tribunal décrétera sa mort et elle sera en mesure de se remarier après avoir observé le délai de viduité d'une veuve.

 

Précisons ici que cette période de quatre ans commence à partir de la date du jugement de la cour, même si elle était sans son mari pendant une longue période avant de rapporter concrètement son cas devant le tribunal.

 

S'il s'avère impossible pour elle d'attendre quatre ans de peur de tomber dans le péché, alors il n'est pas nécessaire d'attendre à tout prix quatre années. La cour pourra ainsi dissoudre le mariage (après recherches) à condition qu'au moins une année se soit écoulée depuis le moment de sa disparition.

 

De même, si la femme ne craint pas de tomber dans le péché mais que son mari [disparu] ne lui a rien laissé pour s'entretenir au quotidien et qu'il n'est pas possible de prendre de ses biens, alors dans ce cas, le tribunal peut dissoudre le mariage à condition qu'un mois se soit écoulé sans qu'elle n'ait pu recevoir un quelconque entretien [issu des biens de son mari disparu].

 

Dans les deux derniers cas, elle devra tout de même observé la période de viduité qui est de trois périodes menstruelles.

 

Il a été rapporté de Sayyidinâ 'Umar Ibn Al Khattâb et Sayyidinâ 'Uthmân (qu'Allâh les agrée) que l'épouse d'une personne disparue doit attendre une période de quatre ans et qu'elle observa ensuite la période de viduité qui dure quatre mois et dix jours. La même chose à été rapportée de 'Abdu Llâh Ibn 'Umar et 'Abdu Llâh Ibn 'Abbâs (qu'Allâh les agrée). Consulter Al Musannaf Ibn Abî Shaybah et Al Muhallâ de Ibn Hazm à cet effet.

 

Le juriste mâlikite Al Imâm Ad Dasûqî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit : « La personne disparue dispose d'une période de quatre ans pour revenir (pour les tribunaux) s'il a délaissé son entretien. Toutefois, s'il ne laisse aucun bien, elle sera alors en mesure d'exiger une séparation immédiate pour motif de ne pas recevoir un soutien financier. » [Hâshiyah Ad Dasûqî ; 2/479].

 

Le même jugement a également été rendu dans d'autres ouvrages mâlikites. Consulter par exemple le Sharh Minh Ul Jalîl 'Alâ Mukhtasar Al 'Allâmah Khalîl [de l'Imâm Muhammad Al 'Illîsh] 2/385 et le Sharh Us Saghîr [de l'Imâm Ahmad Ad Dardîr] 2/694. Voir également le Heela-e-Najiza de l'Imâm Ashraf 'Alî Ath Thanawî (en urdu).

 

Comment réagir si le mari revient finalement ?

 

Une des questions très importantes qui se pose ici est le jugement légal concernant la situation où, après le jugement émis par les tribunaux et que la femme se soit remariée, le mari revient finalement ? Est-elle autorisée à rester avec son second mari ou bien doit elle obligatoirement revenir auprès de son premier mari ?

 

Un groupe de savants sunnites sont d'avis que, dans le cas du retour du mari disparu, la femme devra retourné vers lui et sera considérée comme son épouse. Cela a également été rapporté de certains Compagnons comme Sayyidinâ 'Alî et Sayyidinâ 'Uthmân, et cela est également l'avis de l'Imâm Abû Hanîfah (qu'Allâh les agrée tous).

 

Toutefois, l'avis de l'Imâm Mâlik qui est l'avis adopté par les écoles mâlikites et hanbalites, est que s'il revient avant la consommation du second mariage, il peut la reprendre, mais que si le second mariage a bel et bien été consommé, elle restera alors dans ce [second] mariage. Voir pour cela la Mudawwanah Al Kubrâ 2/91.

 

Ce jugement est plus pertinent étant donné le fait que la femme a été déclarée séparée de son mari pour cause de ne pas recevoir son soutien financier et cette séparation est considérée comme un divorce. Dans le cas où elle aurait attendu quatre années, les savants contemporains [qui ne sont ni mâlikites ni hanbalites] déclarèrent qu'il n'y a aucun mal à suivre le madh-hab mâlikî, en ce sens qu'elle peut demeurer dans son second mariage même si la personne revient finalement, à condition que le mariage ait été consommé […] »

 

Fin de citation.

 

Source : spa.qibla.com.

 

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