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Le statut des mushabbihah selon les Ahl Us Sunnah (At Tahâwî, Ibn 'Abd Is Salâm, An Nawawî...)

28 Mai 2010, 18:39pm

Publié par at-tawhid.net

 

Lorsque l'on se penche sur la question, on peut constater deux avis :

 

1 : l'anathème, at takfîr ;

2 : et la déclaration d'égarement, at tabdî'.

 

Au sein des écoles de Fiqh, la majorité des Hanbalites est d'avis que les anthropomorphistes sont sortis de l'Islâm tandis que la majorité des trois autres écoles juridiques les jugent comme étant des musulmans innovateurs et égarés. Quant aux écoles de Tawhîd, l'avis des Ash'arites et des Mâturidites est le même que celui des écoles Hanafite, Mâlikite et Shâfi'ite, bien que de nombreux célèbres savants aient déclarer les mushabbihah comme étant des mécréants.

 

On peut ainsi mentionner que l'Imâm Abû Ja'far At Tahâwî Al Hanafî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit : « Celui qui attribut à Allâh des qualificatifs propres aux humains a certes mécru. » [Al Bayân Ul I'tiqâd Ahl Is Sunnah wal Jamâ'ah], que l'Imâm 'Abd Ul Qâhir Al Baghdâdî Ash Shâfi'î (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit : « Il est obligatoire de déclarer mécréant quiconque dit qu'Allâh a des limites. » [Farq Bayn Ul Firâq], et que l'Imâm 'Abd Ur Rahmân Ibn Al Jawzî Al Hanbalî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit : « Ceux-là ne sont pas musulmans. » [Daf' Shubah It Tashbîh].

 

Cette position est donc l'une des deux positions existantes chez les Ahl Us Sunnah.

 

Il existe aussi un nombre non négligeable de savants refusant le takfîr des anthropomorphistes, notamment parmi les Imâms mâlikites, comme le démontre cette fatwâ du Qâdî 'Iyâd Ibn Mûsâ Al Mâlikî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) dans laquelle il est dit :

 

« Quant à celui qui attribue à Allâh (qu'Il soit exalté) ce qui ne Lui convient pas, pas sous la forme d'une insulte et sans apostasier, ou bien sans avoir l'intention de mécroire, mais par simple interprétation, ijtihâd et erreur conduisant à la passion et à l'innovation, comme l'anthropomorphisme (at tashbîh), l'attribution d'un membre corporel ou la négation d'un Attribut de perfection, cela a été une cause de divergence parmi les Salaf et les Khalaf concernant le fait de déclarer mécréant celui qui dit cela et celui qui y croit.

 

L'avis de Mâlik et de ses compagnons diverge à ce sujet, mais ils n'y a pas de divergence entre eux concernant le fait de les tuer s'ils constituent un groupe. On leur demande de se repentir. S'ils se repentent, rien ne leur est fait. Sinon, on les tue.

 

Mais ils divergent concernant l'individu isolé qui fait cela. La majorité des avis de Mâlik et de ses compagnons disent qu'on ne les déclare pas mécréants et qu'on ne les tue pas, mais on leur administre un châtiment sévère et on prolonge leur emprisonnement jusqu'à ce qu'ils manifestent leur renoncement et que leur repentir soit clair, comme 'Umar (qu'Allâh soit satisfait de lui) l'a fait avec Sabîgh. » [Kitâb Ush Shifâ°].

 

Aussi, lorsqu'on demanda au sultan des savants : Al Imâm 'Izz Ud Dîn Ibn 'Abd Is Salâm (qu'Allâh lui fasse miséricorde) : « Que dîtes-vous au sujet de la parole d'Ibn Abî Zayd Al Qayrawânî Al Mâlikî : « Allâh est au-dessus de Son trône exalté en personne (bi dhâtihi), et Il est partout avec Sa science » : Est-ce qu'une telle affirmation attribue une direction à Allâh ou pas ? Et celui qui a une telle croyance est-il déclaré mécréant (kâfir) ou non ? » ; il répondit : « Le sens apparent de ce que Ibn Abî Zayd a dit attribut une direction à Allâh, car il a fait une distinction entre le fait pour Allâh d'être sur le Trône et le fait d'être avec Sa création. Quant à la deuxième question : la position la plus correcte est que celui qui professe la croyance en la direction d'Allâh n'est pas déclaré mécréant, car les savants de l'Islâm n'ont pas fait sortir de telles personnes hors de l'Islâm, plutôt, ils ont prononcé la permission de ce qu'ils héritent des musulmans et de leur enterrement dans les cimetières musulmans, l'inviolabilité de leur sang et de leur propriété, et l'obligation de prier sur leurs dépouilles. La même chose s'applique pour l'ensemble des innovateurs : les gens n'ont jamais cessé de leur appliquer les jugements qui s'appliquent aux musulmans. Ne prêtez aucune attention à ce que les gens du commun disent au sujet de leur mécréance. » [Al Fatawah].

 

Suite à ces fatawa, il va donc sans dire qu'il est interdit d'imposer le takfîr des anthropomorphistes comme le font certains Ahbash, et qui plus est de faire le takfîr des Sunnites refusant de prononcer l'anathème de ces mêmes anthropomorphistes. Ceci est une position jamais vue chez un quelconque savant du passé et un tel avis est inacceptable.

 

Cependant, malgré les propos d'anciens savants de renom faisant le takfîr des anthropomorphistes, on pourrait se demander pourquoi autant de savants préférèrent les déclarer comme étant des musulmans innovateurs, notamment en ce qui concerne les anthropomorphistes de notre époque. Ceci est notamment dut au fait qu'une grande partie des musulmans de notre époque sont ignorants ou bien n'ont pas pu véritablement accéder aux enseignements des Ahl Us Sunnah dans le domaine de la croyance, et qu'il serait donc insensé de les sortir de l'Islâm. Ceci est surtout visible au sein de la communauté musulmane vivant en terre non-musulmane.

 

Ils se basent pour cela sur la fatwâ de l'Imâm Muhyi Ddîn An Nawawî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) qui a dit : « Tout musulman qui renie une chose qu'il est nécessaire de savoir pour être dans la religion de l'Islâm est jugé comme un renégat et un mécréant (kâfir) , sauf s'il s'agit d'un récent converti ou de quelqu'un qui a été élevé dans des terres sauvages, ou qui, pour une raison similaire, n'a pas été en mesure d'apprendre sa religion correctement. Les musulmans dans une telle situation doivent être informés de la vérité, et s'ils continuent comme auparavant, il sont alors jugés non-musulmans. C'est par exemple le cas de tout musulman qui crois qu'il est permit de commettre l'adultère, de boire du vin, de tuer injustement, ou d'accomplir tout acte qu'il est nécessaire de connaitre comme illicites. » [Al Minhâj Sharh Sahîh Muslim Ibn Al Hajjâj].

 

Et comme l'a dit le Shaykh Abû Âdam An Narûjî en parlant des wahhabites (qui est un partisan du takfîr des mushabbihah) : « Nous ne pouvons pas généraliser [le takfîr] à chaque individu qui est affilié à eux parce que nous ne sommes pas sûr de leur croyance. En effet on ne peut s'assurer de leur croyance tant qu'ils n'en parlent pas. »

 

Précisons tout de même que pour les savants déclarant les anthropomorphistes comme étant des musulmans innovateurs et égarés, la vision que ces derniers se font d'Allâh est d'une répugnance et d'une laideur effroyable. Leur foi est ainsi clairement déclarée comme étant corrompue et hideuse et comme l'affirma le Qâdî 'Iyâd Al Yahsubî (qu'Allâh lui fasse miséricorde), ces gens-là ne savent pas qui est véritablement Allâh (qu'Il soit exalté).

 

Telle est donc la pensée des Sunnites concernant le statut des anthropomorphistes et leur négation de la Pureté d'Allâh (qu'Il soit exalté et magnifié). Et précisons que l'on ne peut traiter d'égaré celui ou celle qui adoptera l'une des deux positions, ni être injuste à son égard, le respect de la divergence étant une base essentielle de la jurisprudence sunnite.

 

Al Muwahhidûn.

 

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