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Les différents degrés du tawhîd (Al Ghazâlî)

12 Mars 2010, 20:27pm

Publié par at-tawhid.net

Al Hujjat Ul Islâm Abû Hâmid Al Ghazâlî At Tûsî (qu'Allâh l'agrée) a dit :

« Nous disons donc que le tawhîd est constitué de quatre degrés (marâtib) :

Le noyau (al lubb), le cœur du noyau (lubb ul lubb), l'écorce (al qishr) et l'écorce de l'écorce (al qishr ul qishr). Pour en faciliter la compréhension, nous prendrons l'exemple de la noix de coco et de son écorce supérieure, puisqu'il se trouve que cette noix possède deux écorces, un noyau et une partie grasse à l'intérieur même du noyau que nous appelons le cœur du noyau.

Le premier degré du tawhîd est celui de l'homme qui professe « il n'y a point de divinité en dehors d'Allâh », alors que son cœur est plongé dans l'insouciance ou encore nie ce qu'il professe. Cette affirmation du tawhîd correspond à celle des hypocrites (al munâfiqîn).

Au second degré, le cœur croit en ce que l'on a prononcé : il s'agit ici de la croyance de la plupart des Musulmans et ce degré constitue le credo de la masse (i'tiqâd ul 'awâm).

Le troisième degré consiste à contempler (cette Unicité divine) au moyen du dévoilement intuitif (al kashf) grâce à la lumière de l'Être-Vrai (Al Haqq), c'est la « station des rapprochés » (maqâm ul muqarrabîn) ; (celui qui l'atteint) voit une multiplicité de choses, mais en dépit de cette multiplicité, il ne les voit que comme procédant de L'Unique, du Contraignant.

Le quatrième degré consiste à ne voir qu'un Seul Être dans l'existence. Il s'agit de la contemplation de ceux qui n'accréditent que la Vérité (as siddiqîn). Les Sûfî nomment ce degré « l'extinction (al fanâ) dans l'Unicité » car celui qui y parvient – du fait qu'il ne voit qu'un Être Unique – perd la perception et la conscience de sa propre personne car il est submergé par la perception de l'Unicité ; il est éteint à lui-même au moment même où il proclame l'Unicité, c'est-à-dire qu'il ne se voit pas, ni a fortiori les autres créatures.

Le premier, celui qui proclame l'Unité Divine uniquement par sa bouche, se préserve – en ce monde – de l'autorité (litt : des épées et des lances).

Le second, celui dont le cœur accrédite le sens attaché à cette profession de foi sans remettre en cause son attachement, [a tissé] comme un lien sur son cœur qui n'éprouve cependant aucun soulagement. Il préserve toutefois celui qui meurt dans cet état du châtiment de la Vie future, à moins que ce lien n'ait été affaibli par les transgressions (al ma'âsî) ; en effet, ce lien peut être relâché ou défait par un certain nombre d'artifices qui ont pour nom « innovation blâmable » (al bid'a).

Mais il en existe également d'autres pour repousser ce qui dénoue ou provoque son relâchement et permet au contraire de raffermir et de le resserrer autour du cœur. Cet artifice est la théologie (al kalâm) et celui qui y recourt reçoit le nom de théologien (mutakallim). C'est ce dernier qui s'oppose à l'innovateur blâmable (al mubtadi') et son rôle consiste à empêcher l'innovateur de délier ce qui préserve (litt : le nœud) le cœur des croyants ordinaires. On peut aussi donner au théologien le nom de « muwahhîd » (litt : unitaire, celui qui professe l'Unicité d'Allâh) puisqu'il défend par sa parole la conception de l'Unicité que recèle le cœur des croyants ordinaires et qu'il empêche ainsi que ne soit dénoué ce lien.

Le troisième professe également l'Unicité (muwahhîd) en ce sens qu'il ne voit qu'un Agent Unique (fâ'ilan wâhidan) lorsque l'Être-Vrai se dévoile à lui tel qu'Il est Lui-Même. Il ne voit alors en réalité qu'un Agent Unique. La Vérité lui a été révélée telle quelle (kamâ hiya 'alayhi), car il a chargé son cœur d'adhérer à la conception contenue dans les mots de la profession de foi (lafz ul haqîqah) qui est le degré des mutakallimîn et des croyants ordinaires (al 'awâm), puisque le mutakallim ne se distingue en rien du croyant ordinaire – pour ce qui concerne le credo ; la seule différence entre eux tient à l'agencement [plus ou moins habile] des arguments auxquels le théologien a recours pour empêcher l'innovateur de dénouer le lien [qui scelle l'Unicité dans le cœur des croyants].

La quatrième affirmation de l'Unicité est celle du contemplatif qui, au cours de sa contemplation ne voit apparaître que L'Unique. Il ne considère pas le tout sous le rapport de la multiplicité mais sous le rapport de son unicité ; ce degré constitue l'ultime étape du tawhîd. »


Fin de citation.

 

Source : Ihyâ° 'Ulûm Id Dîn de Al Hujjat Ul Islâm Abû Hâmid Al Ghazâlî (qu'Allâh lui fasse miséricorde).


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