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Muhammad Ash Shâdhilî An Nayfar - محمد الشاذلي النيفر (m.1418)

15 Décembre 2014, 09:21am

Publié par at-tawhid.net

 

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Le Shaykh Ul Islâm Ibrâhîm Niyâs Al Kawlâkhî (qu'Allâh l'agrée) disait : « Parmi les familles célèbres par leur mérite et leur amour porté envers le Shaykh Ahmad At Tijânî en Tunisie, on peut également citer le cercle des enfants bénis de Âl Nayfar, famille encrée dans la science. » [Al Bayân Wa-t-Tabyîn].

Cette noble famille, descendante de Sayyidunâ Al Husayn Ibn 'Alî Ibn Abî Tâlib (qu'Allâh l'agrée), était une famille arabo-andalouse originaire de Navarre, auquel le patronyme Nayfar fait référence, qui dut quitter Al Andalus suite à la conquête du pays par les chrétiens et les massacres qu'ils perpétraient, ne laissant aucune chance aux autochtones musulmans. C'est alors qu'ils partirent, comme beaucoup d'Andalous, pour la Tunisie. Fermement attachés à la Sunnah de leur grand-père le Messager d'Allâh (ﷺ), ils s'attelèrent à préserver sa Sunnah et à la maîtriser, devenant ainsi le berceau de nombreux savants en Tunisie. Parmi eux figure donc celui qui allait devenur le futur Muftî de Tunisie, Muhammad An Nayfar, fils de l'érudit Al Qâdî Muhammad Us Sâdiq An Nayfar, savant réputé aussi bien en Tunisie qu'ailleurs, pour l'immensité de son savoir et l'intensité de sa lumière.

Grandissant dans un environnement propice à l'érudition, il étudia dès son plus jeune âge les bases du savoir islamique auprès de son père, ainsi que le Qur°ân et les subtilités de la langue arabe. En 1924, alors âgé de 13 ans, il rejoint la prestigieuse Zaytûnah pour y continuer son apprentissage de la science, en étudiant notamment la croyance ash'arite, le fiqh malikite, le hadîth et le soufisme auprès des éminents Shaykh Ul Islâm Muhammad Ul 'Azîz Al Ju'ayt (m.1937), Al Qâdî Muhammad Ul Bashîr An Nayfar (m.1974) et Al 'Allâmah Tâhir Ibn 'Âshûr At Tûnisî (m.1973). Une fois ses études terminées et ses displômes obtenus, il deviendra professeur à la Zaytûnah et dans les écoles qui lui sont affliées, en 1934, alors âgé de 23 ans.

En plus d'être actif dans l'enseignement des sciences islamiques et dans la prédication du sunnisme en Tunisie, il participa également activement à la société civile et traita de nombreux sujets politiques liés à la lutte pour l'indépendance de tous les pays musulmans. Ainsi, lorsqu'il partit pour Makkah afin d'accomplir son Hajj, il rencontra de nombreux savants et interpella ouvertement le gouvernement saoudien, alors indépendant, à mettre un point d'honneur à lutter pour l'indépendance des nations africaines, notamment la Tunisie, et de le mettre au sommet de l'agenda politique de la Ligue Arabe. Et, une fois le Hajj terminé, il se rendit en Egypte afin de discuter avec le Shaykh Hasan Al Bannah, chef de file de la résistance égyptienne face aux anglais et fondateur de l'organisation des Ikhwân Il Muslimîn, qui, bien qu'étant totalement dévoyée à notre époque, fut une organisation salutaire pour la Ummah jusqu'à la mort du Shaykh Hasan Al Bannah et que ne survienne la trahison de ses principes par les différents cadres ikhwânî. Et nous ne pouvons parler de l'activisme du Shaykh Muhammad An Nayfar sans mentionner son rôle éminent dans la résistance organisée face à la colonisation française, lui qui fut l'une des grandes figures de la route vers l'indépendance de la Tunisie, avec ses collègues de la Zaytûnah. Ceci lui valut d'ailleurs plusieurs arrestations par les autorités françaises pour cause d'activités dites " illégales " par l'administration coloniale.

Soucieux du bien de la société tunisienne et pleinement encré dans son époque, il fonda une maison d'édition de journaux de la Zaytûnah afin de toucher le peuple par les enseignements millénaires promulgués au sein de ce lieu béni, ainsi qu'une association des savants et étudiants de la Zaytûnah (Az Zaytûniyyîn), afin de protéger leurs droits et faciliter leurs activités dans une Tunisie où les outrages à l'Islâm se faisaient de plus en plus fréquents par le gouvernement tyrannique en place, dirigé à l'époque par Habib Bourguiba.

Puis, peu avant les années 70, il devint le fer de lance de la résistance sunnite face aux diverses influences idéologiques qui agitaient le pays depuis son indépendance, aussi bien celles se issues des innovations religieuses comme le wahhabisme (salafisme), que celles issues des courants modernistes comme la philosophie droit-de-l'hommiste.

Les savants de la Zaytûnah rapportent d'ailleurs que, lorsqu'il devint directeur de la Zaytûnah en 1977, la marge de manoeuvre de l'institution et le nombre de ses étudiants avaient considérablement diminués suite aux activités crapuleuses du pouvoir en place. Cela dérangea beaucoup le Shaykh Muhammad Ash Shâdhilî An Nayfar et le peinait beaucoup. Ainsi, lorsqu'il eut l'occasion de rencontrer 'Abdu Llâh Ibn 'Abd Il Muhsîn At Turkî, prince saoudien (naturellement d'obédience wahhâbite) et président de la toute nouvelle organisation islamique de l'époque, la Ligue Islamique Mondiale, créée par l'Arabie Saoudite et bénéficiant de moyens financiers colossaux, le Shaykh lui fit part de la précarité de la situation de la Zaytûnah, des brimades qu'elle subissait et des difficultés financières auxquelles elle devait faire face, et demanda leur assistance en cela. At Turkî répondit à cela en disant : « Nous sommes prêts à offrir un grand soutien financier à la Zaytûnah afin que sa luminosité augmente, mais nous avons une condition. » Le Shaykh demanda quelle était donc cette condition, et le wahhâbite At Turkî répondit : « Nous souhaitons transmettre nous-mêmes la croyance du manhâj [salafî] et être honorés d'enseigner à la Zaytûnah. » Le Shaykh Muhammad Ash Shâdhilî An Nayfar lui répondit alors : « Ce ne sera jamais le cas ! » Il se détourna ainsi de plusieurs millions de dollars et de la résolution apparente de tout un tas de problèmes, préférant continuer à supporter les difficultés et toutes les peines qui en découleraient, par pur amour pour Allâh et Son Messager, et loyauté envers les milliers de savants zaytûnites qui l'avaient précédé et avaient lutté tout ces siècles pour transmettre le Message de l'Islâm, intact. Telle fut l'intégrité du noble érudit.  

Ainsi, il préserva les coeurs de nombreux Tunisiens de la corruption et de l'innovation blâmable mais s'attira les foudres du régime, ce qui l'obligea finalement à quitter le pays pour s'installer en Algérie à cause des persécutions toujours plus intenses qu'il subissait, mais d'où il put continuer son travail et sa prédication à distance.

C'est après une vie dédiée à son Seigneur (qu'Il soit exalté) que le Shaykh Muhammad An Nayfar mourut en Algérie, en 1997 (1418 H.), à l'âge de 86 ans.

Qu'Allâh lui fasse miséricorde et nous permette de suivre ses pas, fasse de sa tombe un lieu de paix et lui accorde les plus hauts degrés du Paradis, ceci en l'honneur de son noble ancêtre le Messager d'Allâh (ﷺ), Allâhumma âmîn.

 

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