at-tawhid.net

Muhammad Ur Rahmatu Llâh Al Hindî - محمد الرحمة الله الهندي (m. 1308)

2 Mars 2010, 19:37pm

Publié par Al Muwahhidûn

Ash Shaykh Muhammad Rahmatu Llâh Al 'Uthmânî Al Hindî est, comme son nom l'indique, un descendant de Sayyidunâ 'Uthmân Ibn 'Affân (qu'Allâh l'agrée). Le premier de ses ancêtres venu en Inde fut l'Imâm 'Abd Ur Rahmân Al Kadhrunî qui accompagnait les armées Musulmanes en tant que Qâdî lors de la conquête de l'Inde sous le Sultân Mahmûd Al Ghaznawî (qu'Allâh leur fasse miséricorde). L'Imâm 'Abd Ur Rahmân Al Kadhrunî s'installa dans la ville de Panipat où son mausolée est connu et fréquemment visité.

 

Ash Shaykh Muhammad Rahmatu Llâh nacquit dans la ville de Kiranah, dans la banlieue de New Delhi au mois de Jumâdah de l'année 1233 (soit Mars 1817) dans une région indienne en plein déclin. Dans la biographie qu'il consacre au Shaykh, 'Abdu Llâh Ibn Ibrâhîm Al Ansârî écrivit : « La période pendant laquelle le Shaykh vécut en Inde est l'un des moments historiques le plus difficile de ce pays marqué par le déclin de l'Empire Mongol Islamique après environ 4 siècles de pouvoir sur la plus grande partie de la péninsule Indienne. En effet, ce déclin annonçait la montée en puissance de l'intervention du colonisateur étranger, à savoir les Anglais. C'était un moment où régnaient le désordre général sur le plan politique, l'insécurité et la déstabilisation sur le plan intérieur. Mais le plus grave était la domination des Anglais devenus maîtres de la situation. Ils disposaient à leur guise du pouvoir qu'ils utilisaient contre les Musulmans dans le but de détruire l'Empire qui n'était plus qu'une forme sans substance. C'est dire que le coup majeur était dirigé contre l'Islâm et les Musulmans. Car les groupes de missionnaires chrétiens n'ont cessé, durant cette période, de sillonner l'Inde en long et en large pour mener une vaste campagne contre les Dogmes Islamiques, grâce à l'appui soutenu des Anglais. »

 

Ceci dit Ash Shaykh Muhammad Rahmatu Llâh, dont l'amour de la science était immense, resta fixé sur ses objectifs et excella dans son apprentissage malgré l'instabilité qui secouait son pays et son peuple ; après avoir appris le Qur°ân par cœur, les bases de la jurisprudence hanafite ainsi que celles de la croyance mâturîdite, il alla dans la capitale Indienne des sciences islâmiques de l'époque : Delhi, où il apprit les principales branches du savoir tel que le hadîth ou le tafsîr. Il partit ensuite à Luknow pour compléter sa formation religieuse mais également afin de se spécialiser dans la littérature persane et la médecine. Cependant, à la fin de son cursus, Ash Shaykh Muhammad Rahmatu Llâh, devant la situation désastreuse de son pays et les campagnes d'évangélisations massives soutenues par les Anglais, dut prendre une décisions qui allait changer le destin de tout un peuple. Devant la puissante armée coloniale et ses missionnaires chrétiens, il déclara officiellement le jihâd contre les envahisseurs. C'est également à ce moment qu'il invita le chef de file des missionnaires, le Prêtre Pfander, pour le célèbre débat inter-religieux qu'il souhaitait organisé et qui est resté dans la mémoire de très nombreux Musulmans Indiens et de ceux qui se penchent sur l'histoire de l'Inde et du Shaykh.

 

'Abdu Llâh Ibn Ibrâhîm Al Ansârî dit sur ce sujet : « Le Prêtre Pfander donna son accord pour l'organisation du débat dans la ville de Ukhara, célèbre pour ses sites archéologiques. Les deux parties se mirent d'accord sur les thèmes suivants du débat :

 

  • Les altérations intervenues dans les évangiles et leurs absence dans le Saint Qur°ân.

  • La divinité du Christ.

  • La Trinité.

  • La confirmation du message de Sayyidunâ Muhammad (que Le Salut et La Paix soient sur lui).

 

Deux séances de ce débat furent menées à terme en présence du gouverneur de la ville, du commandant militaire, des hauts fonctionnaires, des conseillers du Walî et du gouvernement [Musulman], des Savants [de l'Islâm], des Juges [Musulmans] et d'une foule nombreuse constituée du peuple. Organisées dans une vaste salle publique, ces deux séances furent consacrées à l'examen de la question de l'altération des évangiles. Le Shaykh indiqua, preuve à l'appui, les passages où sévit l'altération dans le texte des évangiles. D'ailleurs, le prêtre en question reconnut publiquement avec les membres de son groupe 8 passages où il y a altération dans ce texte [évangélique]. D'ailleurs, le prêtre en question reconnut publiquement avec les membres de son groupe 8 passages où il y a altération dans ce texte [biblique]. En plus, les résultats de cette controverse dogmatique furent publiés par les journaux. Mais le prêtre refusa d'assister à la troisième séance et à celles qui lui ont succédé. De même, il fut incapable de répondre, dans la correspondance qu'ils se sont échangée par la suite sur certains points controversés, aux éclaircissements demandés par le Shaykh.

 

Pourtant, l'une des conditions principales du débat stipulait que si le prêtre ne pouvait pas répondre aux questions, il devait embrasser l'Islâm et que, de la même manière, si le Shaykh Rahmatu Llâh ne pouvait pas non plus répondre aux questions, il devait lui aussi embrasser le christianisme. Or, le prêtre en question disparut complètement de l'Inde après sa défaite. Du reste, tous les thèmes discutés au cours de la dispute furent repris dans un livre intitulé « Al Bahth Ush Sharîf fî Ithbât Un Naskh wa At Tahrîf » (Le Noble Examen de la Démonstration des altérations). Ce livre publié et largement diffusé renferme tous les détails de ce débat et toute la discussion échangée entre les deux parties. Mais certains thèmes, notamment la confirmation de la Prophétie de Sayyidunâ Muhammad (qu'Allâh lui accorde La Grâce et La Paix) dans certains passages des évangiles, la non-altération du Noble Qur°ân, l'affirmation de l'invalidité du dogme de la Trinité et de la divinité du Christ (que La Paix soit sur lui) ne furent pas traités au cours du débat en raison de la fuite du prêtre (et donc ne se trouvent pas dans le livre). Néanmoins, le Shaykh les examina avec les preuves nécessaires dans ses [autres] œuvres et réfuta les allégations à ce sujet. »

 

Suite à ce débat, qui eu de nombreux échos dans le monde Musulman et Européen et qui fut tel un séisme dans le monde religieux occidental, la Couronne d'Angleterre décida d'intensifier sa domination sur le territoire indien ainsi que d'éliminer définitivement le Sultanat d'Inde. Des groupes armés se formèrent alors partout en Inde parmi les Musulmans pour contrer ces intentions, mais la répression Anglaise fut cruelle et brutale. Des exécutions massives eurent lieu ainsi que des massacres en tout genre. Les Anglais condamnèrent également à mort le Shaykh Muhammad Ur Rahmatu Llâh et le poursuivirent, promettant de récompenser celui qui le dénoncerait d'une somme de 1000 roubles. Ils prirent également ses biens et menacèrent ses proches, de telle sorte que le Shaykh dut fuir le pays afin de sauver les siens ainsi que sa propre vie. Il quitta tout ses êtres chers et tout ce qu'il avait entreprit pour l'éducation de son peuple, et arriva déguisé, afin de passer inaperçu, à Makkah, en 1274, au bout d'un voyage périlleux de deux années, après avoir traversé les mers, les forets et les déserts. Il s'y installa alors et tenta de reprendre une vie normale.

 

'Abdu Llâh Ibn Ibrâhîm Al Ansârî décrivit sa nouvelle vie comme suit :

 

« Lors de son arrivée à la Sainte Mecque, Ash Shaykh Ahmad Ibn Zaynî Dahlân était le chef de file des savants, l'Imâm et Khatîb de la Mosquée Sacrée. De son côté, Ash Sharîf 'Abdu Llâh Ibn 'Awn étalt le Walî de Makkah. Ash Shaykh Rahmatu Llâh se mit à fréquenter le cercle d'étude dirigé par Ash Shaykh Ahmad Dahlân après la prière du subh dans la Mosquée Sacrée. A la suite d'une question posée par le nouveau disciple et de la discussion qui en suivie, Ash Shaykh Ahmad se rendit compte que le questionneur n'était pas un novice mais un illustre savant. Ash Shaykh Dahlân prit alors la main du Shaykh Rahmatu Llâh et lui demanda de révéler sa véritable identité. Devant le bref récit que le nouveau venu fit des horreurs qu'il avait endurées, Ash Shaykh Ahmad Dahlân fut pris d'une grande émotion et les larmes coulèrent de ses yeux. Il l'invita chez lui et organisa en son honneur une grande réception à laquelle il convia les grands savants de Makkah et de la Mosquée Sacrée. A cette occasion, Ash Shaykh Rahmatu Llâh décrivit sa situation avec détail et éloquence, notamment ce qui s'était passé entre lui et le Prêtre Pfander. Ash Shaykh Ahmad Dahlân lui témoigna alors beaucoup de respect et d'affection et l'embrassa longuement ainsi que les autres savants. Il lui accorda l'autorisation d'enseigner dans l'enceinte de la Sainte Mosquée et inscrivit son nom dans le registre officiel des savants de la Mosquée Sacrée.

 

Pendant que le Shaykh Rahmatu Llâh s'installait à Makkah sous la protection de la Maison Sacrée d'Allâh, une lettre urgente arriva de Constantinople (Istanbul) dans laquelle le Khalif et Sultan 'Abd Ul 'Azîz Khan demandait au Walî de Makkah de s'enquérir auprès des pèlerins indiens des graves évènements de l'Inde, notamment de l'issue du débat dogmatique entre le Shaykh Rahmatu Llâh et le groupe du Prêtre Pfander. Comme le Walî avait mis le Shaykh Dahlân au courant du contenu de cette lettre, celui-ci l'informa que le savant indien qui a participer à ce débat et dont le Khalif demande des nouvelles se trouve dans la Sainte Mecque et donne des cours dans la Mosquée Sacrée. Le Walî, Ash Sharîf 'Abdu Llâh Ibn 'Awn reçut alors le Shaykh Rahmatu Llâh, pour ainsi connaître la réalité de la situation en Inde et envoya une lettre en ce sens au Sultan. La réponse vint sous forme d'un ordre d'envoyer rapidement le Shaykh Muhammad Ur Rahmatu Llâh en Turquie comme hôte spéciale du Khalif. Ceci arriva en 1864 (1280 H.).

 

Il faut dire qu'après la défaite du Prêtre Pfander et des savants chrétiens lors de la controverse dogmatique, l'Eglise dépêcha ce denier en Turquie pour y prêcher la religion chrétienne. A Constantinople, le Prêtre Pfander avait fait répandre la nouvelle selon laquelle les savants Musulmans étaient vaincus, toutes les mosquées transformées en églises, le christianisme ayant défait l'Islâm, etc. Les milieux religieux de la Turquie furent alors affectés par ces rumeurs.

 

Pour sa part, le Prêtre Pfander fui Constantinople vers un lieu inconnu en apprenant l'arrivée du Shaykh Muhammad Ur Rahmatu Llâh. Dès l'arrivée de ce dernier, le Sultan lui témoigna beaucoup d'égard et organisa en son honneur une grande assemblée religieuse à laquelle il convia les savants et les hauts fonctionnaires de l'État, en chargeant le Shaykh Muhammad Ur Rahmatu Llâh de faire à cette occasion un exposé détaillé sur le débat théologique avec le Prêtre Pfander, la résistance contre le christianisme et les massacres et les forfaits perpétrés par les Anglais en Inde. Au terme de cet exposé, le Khalif ordonna l'arrestation des prêtres et des prédicateurs chrétiens, la saisie de leurs livres et la fermeture de leurs centres d'études.

 

Quant au Shaykh Rahmatu Llâh, le Khalif l'installa généreusement à Constantinople. Il le recevait souvent avec beaucoup d'égards après la prière du 'ishâ, en présence du chef des ministres Khayr Ud Dîn Bashâ At Tunûsî, du Shaykh Al Islâm Ahmad As'ad Al Madanî et des grandes personnalités de l'État. Du reste, par considération du jihâd du Shaykh Muhammad Ur Rahmatu Llâh pour la victoire de l'Islâm, le Sultan 'Abd Ul 'Azîz Khan lui fit un don sultanien, le décora de l'Ordre du Mérite, deuxième échelon, lui accorda une pension mensuelle d'une valeur de 500 majidi et le nomma membre du Conseil du Walî de la Sainte Mecque. »

 

Il fut l'auteur de précieux ouvrages dans divers domaines, notamment dans celui de la croyance et du débat islamo-chrétien, dont son œuvre majeure, le célèbre Izhâr Ul Haqq qu'il écrivit en 6 mois, qui est l'une des plus magnifique réfutation du christianisme de l'histoire, qui fait écho aux points qui auraient du être débattu avec le Prêtre Pfander et qui réfute avec brio les points essentiels des débats islamo-chrétiens. Il rencontra un franc succès auprès des savants comme des étudiants et fut largement plébiscité par le Sultanat Ottoman qui le traduisit en français, en anglais et en allemand. Il fut également traduit en turc avec la supervision personnelle du Sultan et édité sous le titre Ibrâz Ul Haqq. Pour se rendre compte de l'immense succès et du séisme théologique qu'il provoqua, mentionnons à cet égard ce qui fut dit par le London Times lors de la parution de ce livre en 1280 : « Si les Musulmans s'attache à l'étude et à la lecture assidue de ce livre, la propagation de la religion chrétienne cesserait totalement, les âmes s'en détourneraient et les Musulmans resteraient fidèlement attachés à l'Islâm. »

 

Il écrivit aussi, comme vu plus haut, Al Bahth Ush Sharîf fî Ithbât Un Naskh wa At Tahrîf, qui traite des points traités dans son débat avec le Prêtre Pfander, ou encore Al Ahsan Ul Ahâdîth fi Ibtâl Ut Tathlîth, qui est une somme de ahâdîth réfutant la trinité. Il écrivit aussi d'autres livres en Urdu comme I'jâzun 'Isâwî et en Persan comme Izâlat Ul Awhâm.

 

Notons également que le Shaykh Muhammad Ur Rahmatu Llâh fut également à l'origine de la fondation de la première école régulière d'Arabie dédiée à l'apprentissage de la religion prenant en charge les enfants, les pauvres et les nécessiteux. Il la finança avec son propre argent et dépensa tout son temps dans l'éducation de ses élèves. Mais son emplacement étant étroit, le Shaykh ne pouvait organiser son école comme il le souhaitait. Allâh vint à son aide en amenant la princesse Sawlat An Nisâ lors du pèlerinage de l'an 1289. Soucieuse d'ajouter une aumône importante à son cinquième pilier, cette princesse alla consulter l'un des érudits de Makkah, par la bénédiction de sa prédestinée, Ash Shaykh Muhammad Ur Rahmatu Llâh en personne, afin de lui faire part de l'une de ses intentions : financer la construction d'un ribât (maison dédiée aux pieuses adorations). Le Shaykh lui fit alors part du fait que Makkah ne disposait pas encore d'une école suffisamment importante pour prendre intégralement en charge ses élèves parmi les enfants et les pauvres, et que l'école qu'il tenta de fonder ne pouvait entièrement répondre aux exigences que le Shaykh s'étaient fixées, chose qui toucha profondément la princesse qui donna aussitôt son accord pour l'élaboration du projet de création d'une école régulière de premier ordre. Elle confia cette affaire au Shaykh qui jeta les bases de ce projet qui lui était cher dans le quartier de Al Khandarîsah, près de la Mosquée Sacrée. Elle vit le jour le mercredi 15 Sha'bân 1290, dont l'ouverture fut célébrée par un grand nombre de savants, d'étudiants et de notables de Makkah. Par reconnaissance envers la princesse, le Shaykh refusa de donner son propre nom à cette école et la nomma As Salwatiyyah, en hommage à la princesse Salwat An Nîsa, sans qui cette école n'aura jamais pu voir le jour. Et 'Abdu Llâh Al Ansârî a dit sur cette école est devenue depuis cette date, « un centre pour les élèves venant de toutes les contrées islâmiques et un foyer pour les sciences et la connaissance. C'est absolument la première école régulière construite en Arabie grâce aux soins de ce grand mujtahîd. Par la grâce d'Allâh, elle n'a cessé depuis plus de 110 ans d'accomplir sa mission. Son histoire est riche par les services rendus dans les domaines de la propagation de la foi et de la science, ainsi que de la formation de plusieurs promotions de savants, d'enseignants, de juges, d'écrivains et d'hommes d'état, qui ont assumé sa mission à l'intérieur et à l'extérieur du pays. »

 

C'est ainsi qu'après avoir vécut une vie riche et pleine de lumière, que mourut dans la soirée d'un jeudi du mois bénit de Ramadân 1308 à Makkah, Ash Shaykh Muhammad Ur Rahmatu Llâh Al 'Uthmânî Al Hindî, où il fut enterré dans le cimetière de Al Mu°allah, non loin de la Mère des Croyants, Sayyidatunâ Khadîjah.

 

Qu'Allâh lui fasse miséricorde et fasse de sa tombe un vaste jardin du Paradis, Allâhumma Âmîn.


Commenter cet article