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Le maturidisme, l'école théologique sunnite fondée par l'Imâm Abu-l-Mansûr Al Mâturîdî

18 Décembre 2016, 18:34pm

Publié par at-tawhid.net

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Notice biographique sur l'Imâm Al Mâturîdî et origine de son école

Al Imâm Muhammad Ul Âmîn Ibn 'Âbidîn Al Husaynî (qu'Allâh l'agrée) a dit dans son Radd Ul Muhtâr 'Ala-d-Durr Il Mukhtâr :

" Les ahl us sunnah wa-l-jamâ'ah sont les ash'arites et les maturidites. " 

Le maturidisme est l'école théologique d'obédience sunnite fondée par l'Imâm Abu-l-Mansûr Al Mâturîdî. Il naquit aux alentours de l'an 238 de l'Hégire à Mâturîd, un village situé à côté de Samarcande, la grande cité de la science de l'Asie Centrale, alors sous le règne des Samanides. Ce dernier apprit la théologie notamment auprès de Abû Bakr Ahmad Ibn Is-hâq Al Juzjânî, qui apprit auprès de Abû Sulaymân Mûsâ Ibn Sulaymân Al Juzjânî, qui apprit auprès des Imâms Abû Yûsuf et Muhammad Ash Shaybânî, qui apprirent auprès de Abû Hanîfah An Nu'mân Ibn Thâbit Al Kûfî, qui apprit notamment auprès de Abû Ismâ'îl Hammâd Ibn Abî Sulaymân Al Ash'arî, qui apprit auprès de Abû 'Imrân Ibrâhîm Ibn Yazîd Ibn Qays An Nakha'î, qui apprit de son oncle Abû Shibl 'Alqamah Ibn Qays An Nakha'î, qui apprit auprès de l'Imâm 'Alî Ibn Abî Tâlib et de Sayyidunâ 'Abdu Llâh Ibn Mas'ûd, Compagnons du Messager d'Allâh (ﷺ). Afin de pérenniser ses enseignements à travers les âges ainsi que les résultats positifs de ses multiples débats gagnés, il écrivit plusieurs ouvrages dont les plus célèbres sont le Kitâb Ut Tawhîd qui résume sa doctrine, et son exégèse coranique intitulée Ta°wîlât Ul Qur°ân.

Le Shaykh Jibrîl Al Haddâd (qu'Allâh le bénisse) a dit :

" Al Mâturîdî surpassa l'Imâm At Tahâwî en sa qualité de transmetteur et d'exégète de l'héritage théologique de l'Imâm Abû Hanîfah. Al Mâturîdî et At Tahâwî suivaient tous les deux Abû Hanîfah et ses compagnons dans le fait de considérer la croyance comme étant " une conviction du coeur affirmée par la langue ", sans ajouter - contrairement à Mâlik, Ash Shâfi'î, Ahmad Ibn Hanbal et leurs écoles respectives - " supportée par des actes ". Al Mâturîdî, comme également rapporté de Abû Hanîfah, est allé jusqu'à déclarer que le fondement de la croyance était uniquement la conviction du cœur, l'affirmation de la langue étant un pilier supplémentaire. " [Sunnah.org].

Et il a dit aussi :

" 'Alî Ibn Sa'îd Abu-l-Hasan Ar Rustughfânî, Abû Muhammad 'Abd Ul Karîm Ibn Mûsâ Ibn 'Îsâ Al Bazdawî et Abu-l-Qâsim Is-hâq Ibn Muhammad Al Hâkim As Samarqandî figurent parmi ses plus grands disciples. Il excella dans la réfutation des mu'tazilites de Transoxiane tout comme son contemporain Abu-l-Hasan Al Ash'arî fit à Bassora et à Baghdad (en Irak). Il mourut à Samarcande (Ouzbekistan) où il vécut tout au long de sa vie. " [Sunnah.org].

Pourquoi l'école maturidite est-elle moins célèbre que l'école ash'arite ?

Il y a plusieurs facteurs à cela. Le Shaykh Jibrîl Al Haddâd (qu'Allâh le bénisse) a dit notamment :

" La majorité de l'école hanafite suit Al Mâturîdî en matière de croyance, mais il eut clairement moins de célébrité [au sein de la ummah] que Al Ash'arî car ce dernier entama d'innombrables débats dans le but d'annihiler les opposants aux partisans de la sunnah tandis que Al Mâturîdî, comme l'Imâm Al Kawtharî l'a dit, " vivait dans un environnement où les innovateurs n'avaient pas de pouvoir [politique]. " Quant à l'absence de mention de l'Imâm Abu-l-Mansûr Al Mâturîdî dans As Siyar de Adh Dhahabî, c'est une omission de taille pour cette oeuvre historico-biographique magistrale. " [Sunnah.org].

En ajoutant à cela le fait que le maturidisme s'est développé dans les confins du Monde Musulman plutôt que dans ses centres névralgiques - Baghdad étant la capitale - et que l'Imâm Al Mâturîdî était de culture Perse plutôt qu'Arabe, contrairement à l'Imâm Al Ash'arî qui jouissait qui plus est d'une lignée yéménite prestigieuse remontant au Compagnon Abû Mûsâ Al Ash'arî (qu'Allâh l'agrée), cela fait autant de raisons qui expliquent pourquoi le maturidisme ne s'est pas développé avec la même ampleur que l'ash'arisme et est resté cantonné aux cercles d'études des hanafites.

Et l'Imâm Muhammad Al Kawtharî (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit dans son introduction du Tabyîn Kadhîb Il Muftarî du Hâfiz Abu-l-Qâsim Ibn 'Asâkir :

" Ainsi, tous les malikites, les trois quarts des shafi'ites, un tiers des hanafites, et une partie des hanbalites ont suivi cette approche (ash'arite) en ce qui concerne la théologie, depuis l'époque de Al Bâqillânî, tandis que les deux tiers des hanafites suivaient l'approche maturidite dans les demeures qui sont au delà du fleuve, les terres de la Turquie, de l'Afghanistan, de l'Inde, de la Chine, et de tout ce qui est au delà, excepté ceux d'entre eux qui tendaient vers le mu'tazilisme (al i'tizal), comme cela a également été le cas de certains shafi'ites. "

La Tahâwiyyah, un maturidisme avant l'heure ?

Le Shaykh Faraz Ar Rabbânî Al Hanafî (qu'Allâh le préserve) a dit :

" La Tahâwiyyah est en elle-même une simple déclaration de foi sunnite. Elle est si simple qu'elle est en accord avec les deux croyances maturidite et ash'arite. Al Imâm As Subkî rapporte qu'elle diffère de l'école ash'arite sur trois points vraiment mineurs et subtils. Elle est tout de même plus proche de l'école maturidite car celle-ci est une école théologique surtout influencée par la doctrine hanafite, et l'Imâm At Tahâwî chercha à transmettre la croyance sunnite de Abû Hanîfah et de ses compagnons (qu'Allâh les agrée), comme il le déclare dans son introduction. " [Sunnipath.com].

Et le Shaykh Jibrîl Al Haddâd (qu'Allâh le préserve) a dit :

" Al Mâturîdî surpassa l'Imâm At Tahâwî en sa qualité de transmetteur et d'exégète de l'héritage théologique de l'Imâm Abû Hanîfah. " [Sunnah.org].

Quelles sont les différences notables entre le maturidisme et l'ash'arisme ?

Le Shaykh Ahmad Ibn Sulaymân Ibn Kamâl Bashâ (qu'Allâh lui fasse miséricorde) a dit :

" Il n'y a pas de points de divergence entre ces deux maîtres [que sont Al Ash'arî et Al Mâturîdî] et leurs partisans, si ce n'est sur douze points. "

Les voici en substance :

1 - Al Mâturîdî a dit que at takwîn [le fait de créer] est un Attribut éternel inhérent à l'Essence d'Allâh, comme il en est de tous Ses Attributs, et que cela est différent de ce qui est amené à l'existence [mukawwan], et qu'il est lié avec ce qui a été amené à l'existence dans ce monde et à chacune des parties [d'un monde] depuis le moment de son commencement. De même que la Volonté d'Allâh est éternelle et liée avec ce qui est voulu au moment de son existence, il en est ainsi de Son éternelle omnipotence qui est [liée] avec ce qui est décrété. Al Ash'arî a dit quant à lui que c'est un Attribut contingent qui n'est pas inhérent à l'Essence d'Allâh, et d'après lui cet Attribut fait partie des Attributs d'actions et non des Attributs éternels. De son point de vue, les Attributs d'actions sont tous contingents. Ainsi en est-il du fait de créer et de l'émergence du monde avec la Parole : " Kun - Sois ".

2 - Al Mâturîdî a dit que la Parole d'Allâh ne peut absolument pas être entendue et que c'est ce qui renvoie à elle qui est entendu. Al Ash'arî affirma quant à lui qu'elle pouvait être entendue en se basant sur sa compréhension de l'histoire de Sayyidunâ Mûsâ (ﷺ). Abû Bakr Al Bâqillânî précisa cet avis en disant : " La Parole d'Allâh n'est pas entendue dans le sens conventionnel du terme. Plutôt, il est possible pour Allâh d'accorder à celle qu'Il veut de Ses créatures de l'entendre, mais cela en rupture avec la coutume, sans que cela se fasse par le moyen de lettres et de sons. " ; et donc plutôt par l'esprit et le coeur. Des théologiens ash'arites comme Abû Is-hâq Al Isfarâyînî adoptèrent le point de vue de l'Imâm Al Mâturîdî (cf. Al Bidâyah).

3 - Al Mâturîdî dit que le Créateur de l'univers est décrit par la sagesse et que celle-ci a , pour Allâh, le sens de science ('ilm), ou encore le sens de maîtrise (ihkam). Al Ash'arî a dit quant à lui que la sagesse peut avoir le sens de science, étant alors un Attribut éternel inhérent à l'Essence Divine, mais qu'elle ne peut pas prendre le sens de maitrise car elle serait alors une qualité contingente, semblable au takwîn, et l'Essence Divine ne peut être attribuée d'une contingence. Ceci étant, selon la compréhension que Al Mâturîdî a du takwîn, la sagesse peut revêtir les deux sens sans être sujette à une quelconque contingence, mais clairement selon la compréhension que l'Imâm Al Ash'arî a du takwîn, il ne peut en être autrement que ce que nous venons de décrire de sa part. Il s'agit ici d'une divergence faisant suite à une divergence présente en amont.

4- Al Mâturîdî dit qu'Allâh veut l'obéissance ou la désobéissance de chaque créature, aussi bien dans son essence que ses actes, mais que, toutefois, l'obéissance émane de la Volonté, du Décret, de l'Ordre, de la Prédestination, de l'Agrément, de l'Amour et du Commandement d'Allâh ; tandis que la désobéissance émane de la Volonté, du Décret, de l'Ordre et de la Prédestination d'Allâh, mais pas de Son Agrément, Son Amour et Son Commandement. Al Ash'arî dit quant à lui que l'Agrément et l'Amour d'Allâh englobent toutes choses, à l'instar de Sa Volonté, et que donc même la désobéissance émane de ces deux Attributs.

5 - Al Mâturîdî dit qu'il est impossible dans les faits qu'il soit imposé à une personne la responsabilité légale d'endurer ce dont elle n'a pas la capacité, mais que cela reste possible pour Allâh de lui imposer une chose qu'elle ne peut supporter. Selon Al Ash'arî, les deux choses sont entièrement possibles.

6 - Al Mâturîdî a dit que certains jugements qui relevaient de la responsabilité légale sont connaissables par le seul intellect, car l'intellect est un outil par lequel le bien et le mal de certaines choses peuvent être compris et par lequel les obligations de la foi sont comprises, comme par exemple l'obligation de gratitude envers le Pourvoyeur de bienfaits. Celui qui a rendu tout cela connaissable et obligatoire est Allâh Seul mais par le moyen de l'intellect. Al Mâturîdî a dit ainsi : " Nul n'est excusé de l'ignorance de son Créateur, ceci à cause de ce qu'il peut contempler à travers la création des cieux et de la terre. " ; et aussi : " Si Allâh n'avait pas envoyé les Messagers, il serait tout de même obligatoire pour Ses créatures de Le connaitre de part leurs intellects. " Al Ash'arî a dit quant à lui que rien n'est considéré comme une obligation ou une interdiction excepté ce qui est interdit ou rendu obligatoire par la Loi Sacrée, et non par l'intellect, même si l'intellect est tout à fait capable de comprendre le bien et le mal des choses. Selon AL Ash'arî, tous les jugements qui découlent de la responsabilité légale sont pris de la seule Révélation Divine transmise par Ses Messagers.

7 - Al Mâturîdî accepte de qualifier quelqu'un de spirituellement fortuné ou infortuné au cours de sa vie mais que cela puisse changer au moment de son décès, tandis que Al Ash'arî ne prête aucune attention à ce qui se passe au cours de la vie et ne se permet de parler de fortune ou d'infortune qu'au moment du décès de la personne et de la rétribution qui lui est attribuée.

8 - Al Mâturîdî a dit qu'il est rationnellement impossible que la mécréance soit pardonnée tandis que Al Ash'arî a dit que cela était rationnellement possible, mais rendu impossible par Allâh comme cela est écrit dans Ses Livres.

9 - Al Mâturîdî a dit qu'il est rationnellement et textuellement impossible pour les croyants de rester éternellement en Enfer, et pour les mécréants d'aller au Paradis, tandis que Al Ash'arî a dit que cela était rationnellement possible mais rendu impossible par Allâh, comme cela est trouvable dans les Textes Sacrés rapportés à ce sujet.

10 - Certains mâturîdites affirment qu'un nom et ce qui est nommé ne font toujours qu'un. Al Ash'arî pensait quant à lui qu'il y a une distinction entre les deux et l'acte de nommer (tasmiyah).

11 - Al Mâturîdî a dit que le fait d'être de sexe masculin est une condition sinequanone de la Prophétie et que, par conséquent, il est impossible qu'une femme soit Prophétesse. Al Ash'arî a dit quant à lui que le fait d'être de sexe masculin n'était pas une condition impérative et que le fait d'être une femme n'annulait pas ce statut si jamais cela était effectif dans la réalité.

12 - Al Mâturîdî a dit que l'acte d'un serviteur est appelé acquisition et non pas création, et que l'Acte d'Allâh est appellé création et non pas acquisition; et que les deux sont pleinement appelés actions. Al Ash'arî a dit quant à lui que l'action était le fait d'amener réellement une chose à l'existence et que l'acquisition du serviteur n'est donc appelée " action " que de manière métaphorique. On a dit ainsi : " Ce qu'il est possible d'attribuer de façon unique au Tout-Puissant est appelé création, et ce qu'il est impossible d'attribuer au Tout-Puissant de façon unique est appelé acquisition. "

Tout ceci est trouvable de manière plus détaillée dans le Masâ°il Ul Khilâfiyyah Bayn Il Ash'ariyyah Wa-l-Mâturîdiyyah du Shaykh Ibn Kamâl Bashâ, commenté par le Shaykh Sa'îd 'Abd Ul Latîf Fawdah. Et comme nous le voyons, toutes ces différences sont minimes et ne concernent pas les fondements mêmes de la croyance. Il s'agit de points de croyance sur lesquels la divergence est totalement acceptée et n'engagent pas le salut de la personne adhérant à un avis ou un autre.

Quelques grands noms du maturidisme et leurs ouvrages de référence

Outre l'Imâm Abu-l-Mansûr Al Mâturîdî et ses fameux ouvrages Kitâb Ut Tawhîd et Ta°wilât Ul Qur°ân, citons parmi eux :

- Abu-l-Hasan Ar Rustûfaghnî (d.345), disciple de l'Imâm Al Mâturîdî et auteur du Irshâd Ul Muhtadî Fî Usûl Id Dîn ;

- Abu-l-Layth As Samarqandî (d.373), auteur d'une exégèse coranique intitulée Bahr Ul 'Ulûm et d'un commentaire du Fiqh Ul Akbar de Abû Hanîfah ;

- Abu-l-Mu'în Maymûn Ibn Muhammad An Nasafî (d.508), auteur de Bahr Ul Kalâm et Tabsirât Ul Adillah ;

- Najm Ud Dîn Abû Hafs An Nasafî (d.537), auteur de la 'Aqîdat Un Nasafiyyah, classique de la théologie maturidite ;

- Burhân Ud Dîn Abu-l-Hasan Al Farghânî Al Marghînânî (d.593) ; auteur de nombreux ouvrages de référence dans la jurisprudence hanafite.

- Abu-l-Barakat 'Abdu Llâh An Nasafî (d.710), auteur d'une exégèse coranique intitulée Madârik Ut Tanzîl Wa Haqâ°iq It Ta°wîl ;

- 'Alâ° Ud Dîn Al Bukhârî (d.841), auteur d'un commentaire du Fiqh Ul Akbar ;

- Ahmad Ibn Sulaymân Ibn Kamâl Bashâ (d.940), auteur de Masâ°il Ul Khilâfiyyah Bayn Il Ash'ariyyah Wa-l-Mâturîdiyyah ;

- Walîyu Llâh Ahmad Ad Dahlawî Al 'Umarî (d.1176), auteur de l'ouvrage Hujjatu Llâh Al Bâlighah ;

- 'Abd Ul 'Azîz Ibn Ahmad Ad Dahlawî Al 'Umarî (d.1239), auteur d'une magistrale réfutation du chiisme imamite (rafidite) intitulée Tuhfatu Ithnâ° 'Ashariyyah ;

- Muhammad Ur Rahmati Llâh Al 'Uthmânî (d.1308), auteur d'une réfutation magistrale du christianisme protestant intitulée Izhar Ul Haqq ;

- Ahmad Ar Ridâ Khân Al Baralwî (1340) ; auteur de nombreux ouvrages.

Qu'Allâh leur fasse à tous miséricorde ainsi qu'à l'ensemble des musulmans.

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